Les CSeries de Bombardier sont critiqués par un expert américain

Toronto — Le programme de construction d'avions de nouvelle génération CSeries de Bombardier est mal conçu et pourrait nuire à l'industrie aéronautique canadienne dans son ensemble si les ressources d'autres projets étaient détournées à son bénéfice, a affirmé Richard Aboulafia, un expert américain, devant des gens de l'industrie réunis à Toronto.

Les géants Boeing et Airbus seront en mesure de baisser les prix de leurs petits appareils pour concurrencer les avions CSeries, ce qui rendrait le programme de Bombardier hautement risqué, a expliqué M. Aboulafia, un consultant connu pour ses écrits et ses discours sur l'industrie aéronautique. «C'est ce qui me préoccupe le plus», a dit l'expert à la conférence de l'Association des industries aérospatiales du Canada, à Toronto.

Par la suite, aux journalistes, M. Aboulafia, un vice-président du groupe Teal, a dit que le programme des CSeries est «peu judicieux», parce que Bombardier «met tous ses risques dans le même panier». Et, si les CSeries ont autant de contenu canadien que ce qui a été suggéré par le ministre de l'Industrie, David Emerson, «alors le programme CSeries est pratiquement la fin de l'industrie aéronautique canadienne telle que nous la connaissons».

Le développement du programme devrait coûter 2,1 milliards. Les gouvernements canadien et britannique devraient injecter environ le tiers de ce montant, l'autre tiers devant provenir de la compagnie et de ses fournisseurs.

Selon M. Aboulafia, Bombardier serait mieux avisée de réserver l'argent de ce programme au développement de ses prochaines générations d'appareils régionaux et d'affaires, qui sont utilisés, respectivement, par les compagnies aériennes et les entreprises.

John Paul Macdonald, le porte-parole de Bombardier, qui était dans la salle et qui a entendu le discours de M. Aboulafia, n'a pas tardé à réagir, disant aux journalistes qu'il n'est pas d'accord avec le consultant.

Les CSeries, qui comprendront de 100 à 130 sièges et auront un rayon d'action continental, répondront à une «zone idéale» du marché qui a été négligée par l'américaine Boeing et l'européenne Airbus, a dit M. Macdonald. Même si Boeing et Airbus abaissent le prix de leurs avions pour concurrencer les CSeries, ces derniers auront l'avantage d'offrir aux transporteurs aériens un appareil de conception nouvelle permettant des économies d'exploitation de 15 %, a ajouté le porte-parole de Bombardier.

La réponse des acheteurs potentiels d'avions CSeries a été «très enthousiaste», a souligné M. Macdonald, en précisant que le conseil d'administration de Bombardier ne prendra pas la décision d'aller de l'avant avec la production avant la fin octobre.