Boeing balaie le spectre d'un conflit social long et coûteux

New York — Le constructeur aéronautique américain Boeing qui s'est entendu avec ses machinistes sur de nouvelles conditions salariales devrait éviter un deuxième mois de grève potentiellement coûteux pour son activité d'avions commerciaux.

L'avionneur et le syndicat des machinistes (IAM) ont confirmé lundi avoir conclu un accord préliminaire sur un nouveau contrat de travail pour trois ans qui doit être soumis jeudi au vote des quelque 19 000 employés concernés.

S'il est accepté, comme le syndicat l'a recommandé à ses adhérents, l'accord «mettra fin immédiatement à la grève entamée le 2 septembre», a souligné Boeing dans un communiqué. Depuis trois semaines et demie, l'avionneur faisait face à un conflit qui paralysait totalement ses chaînes de montage d'avions commerciaux aux États-Unis, l'obligeant à retarder ses livraisons et forçant nombre de fournisseurs à réduire leur activité.

Les représentants de l'Association internationale des ouvriers-mécaniciens (IAM) avaient déclenché leur mouvement pour protester contre les offres de la direction, notamment en matière de retraite et de couverture de santé.

Solidarité

Mais en définitive, Boeing n'aura pas réussi à faire plier ses mécaniciens. «Sur chaque grand point, de l'assurance-santé aux retraites, notre solidarité a forcé Boeing à changer son offre», s'est félicité l'IAM. «Vous avez battu en brèche chacune des propositions à prendre ou à laisser faites par le groupe», a ajouté le syndicat à l'adresse de ses adhérents.

L'accord prévoit notamment plusieurs primes pour les employés: une de 5200 $US en moyenne au titre de l'ancienneté, et deux bonus forfaitaires de 3000 $US qui seront payés fin 2006 et fin 2007.

Par ailleurs, les retraites seront renchéries de 70 $US par mois pour chaque année d'ancienneté et le régime d'assurance-santé sera laissé en l'état. Les salariés perdant leur emploi pourront aussi continuer de bénéficier d'une couverture médicale pendant six mois. La direction n'a pas réussi à réduire cette période à trois mois.

Certes le compromis maintient les programmes de couverture médicale existants, mais l'essentiel est que «le coût total pour Boeing est similaire» à celui du précédent contrat, a commenté Alan Mulally, le responsable de la division des avions commerciaux de Boeing.

Bonne santé financière

Selon Barbara Beyer, experte de l'aéronautique pour le cabinet Avmark, Boeing a plié face à la détermination de ses mécaniciens car «il n'avait pas beaucoup de choix».

«Le marché [des avions commerciaux] a vraiment décollé après une période morose et le groupe ne pouvait pas se permettre de retarder les livraisons» davantage, a souligné Mme Beyer.

De son côté Roman Szuper, de l'agence Standard and Poor's, a fait remarquer que les syndicats étaient bien conscients de la bonne santé financière de l'entreprise, notamment de sa trésorerie. Par conséquent, «ils voulaient une plus grosse part du gâteau», a ajouté l'analyste.

Boeing avait aussi tout intérêt à clore ce conflit pour ne pas miner l'ambiance dans l'entreprise comme ce fut le cas lors de la grève de dix semaines en 1995, a poursuivi M. Szuper. «Deux ou trois mois de grève, cela aurait démoralisé [les employés], les relations entre direction et syndicats auraient beaucoup souffert», a poursuivi M. Szuper.

Si les conditions de l'industrie sont actuellement bonnes pour Boeing comme pour son grand rival européen Airbus, le fait que l'américain ne soit pas parvenu à réduire ses coûts salariaux pourrait être un handicap à terme.

«Que se passera-t-il lors du prochain repli [de l'activité] si Boeing reste lié par des conditions à de tels niveaux», s'est interrogée Barbara Beyer.