Un chevalier gallois en quête du Graal nippon

Tokyo — Le nouveau patron de Sony, Howard Stringer, un Américain d'origine galloise, n'a pas le profil du poste: ancien journaliste de 63 ans, il ne parle pas japonais et n'a qu'une modeste expérience de l'électronique grand public.

Ce qui ne l'empêche pas d'être attendu à Tokyo comme le messie.

C'est la première fois que Sony, fondé en 1946 et une des incarnations du Japon dans le monde grâce au Walkman et à la Playstation, installe un étranger à sa tête. «Je m'appelle Howard Stringer, je suis étranger. Je suis né au Pays de Galles. J'habite dans un avion entre les États-Unis et le Japon», ainsi se présentait-il lors de l'assemblée générale annuelle du groupe en juin dernier.

Il est originaire de Cardiff mais est devenu citoyen américain en 1985 après avoir servi et avoir été décoré au Vietnam (1965-67). «Ce sera ma responsabilité de redonner à Sony la réputation mondiale que vous réclamez et de faire en sorte que cette entreprise crée des produits de rêve», avait-il ajouté devant les actionnaires.

Nommé p.-d.g. en juin et aussitôt placé au pied du mur, sir Howard Stringer — il a été fait chevalier par la reine Elizabeth en 1999 — a dévoilé jeudi dernier à Tokyo sa stratégie de reconquête pour redorer le blason du géant de l'électronique terni par la concurrence internationale. «Nous devons être compétitifs et agressifs. Nous devons être comme les Russes défendant Moscou face à Napoléon. Nous devons nous battre comme les guerriers de Sony que nous sommes», a plaidé ce diplômé d'histoire moderne d'Oxford à la carrure de rugbyman.

Sir Howard est comparé par les médias au sauveur du constructeur automobile Nissan, Carlos Ghosn, lui aussi un étranger, qui a relevé un fleuron de l'industrie nippone au bord de la faillite il y a six ans.

Au moment même où l'Américano-Gallois annonçait suppressions d'emplois et fermetures d'usines, le Français, qui est administrateur de Sony, proclamait officiellement le succès du redressement de Nissan. M. Ghosn a assuré sir Howard de son «respect» et lui a souhaité «bonne chance».

Le nouveau «guerrier de Sony» a été adoubé par l'ancien patron Nobuyuki Idei qui a jugé qu'il avait vraiment «l'esprit Sony», ayant fait ses preuves en tant que dirigeant de la filiale américaine du groupe depuis 1997, notamment dans le secteur des contenus.

L'ex-patron de CBS News est un vétéran du secteur des médias et du divertissement, et artisan du rachat par Sony des studios hollywoodiens Metro-Goldwyn-Mayer.

Avant jeudi dernier, il n'avait pas une réputation de «réducteur de coûts», ce qui a joué en sa faveur pour parvenir à la présidence de Sony. «Les réductions de coûts ne sont pas la solution à tous les problèmes. La croissance est bien plus importante», avait-il affirmé aux actionnaires.

Sir Howard est secondé par deux Japonais, Ryoji Chubachi, ingénieur de métier, directeur général de la division électronique, et Nobuyuki Oneda, responsable des finances.