Dodge craint une pointe de l'inflation à plus de 3 %

Toronto — Les prix élevés de l'énergie vont propulser le taux d'inflation «bien au-delà» des 3 % au cours des prochains mois, selon le gouverneur de la Banque du Canada.

David Dodge, qui répondait aux questions des journalistes après une allocution prononcée hier devant une association d'analystes financiers, a dit que les gouverneurs de banques centrales de partout dans le monde s'interrogent présentement sur l'impact qu'aura la flambée des cours du pétrole sur les prix de l'ensemble des produits et services.

«Nous croyons qu'à la suite de [l'ouragan] Katrina et peut-être de Rita — il faudra voir —, l'inflation d'ensemble va se hisser bien au-delà des 3 % au cours des prochains mois», a-t-il déclaré.

«Nous sommes toujours d'avis qu'il ne s'agit que d'une pointe, mais si cela devait se prolonger, le risque que cela se propage» à l'ensemble des produits et services s'en trouvera accru.

Hier, Statistique Canada a fait savoir que le taux d'inflation annuelle pour le mois d'août s'est établi à 2,6 %, atteignant son plus haut niveau en plus de deux ans. En juillet, l'inflation annuelle se situait à 2 %.

L'inflation de base — qui exclut l'énergie et les aliments — demeure néanmoins, à 1,7 %, sous la cible de 2 % que s'est fixée la Banque du Canada.

M. Dodge n'a pas abordé la question de la politique monétaire de la banque centrale, qui a relevé il y a deux semaines son taux d'intérêt directeur pour la première fois en 11 mois, malgré les inquiétudes concernant l'impact sur l'économie canadienne de la hausse des prix de l'énergie ainsi que de l'appréciation du dollar.

Dans son allocution, M. Dodge a dit que les Canadiens — tout particulièrement ceux des provinces centrales — doivent s'ajuster, au moment même où les provinces riches en ressources naturelles telles que l'Alberta profitent de la manne des revenus pétroliers.

«Aussi pénible que ça puisse être, à la fois pour les entreprises qui doivent s'adapter ainsi que pour la main-d'oeuvre [...], les bénéfices [provenant des ressources] se répandent. Cela prend du temps, ça ne se produit pas subitement», a-t-il déclaré.

Il a rappelé que dans ce contexte, le rôle de la banque centrale se limite toutefois à «contenir l'inflation»

Valeurs mobilières

M. Dodge a également abordé, lors de son allocution, la délicate question de la fragmentation de la réglementation sur les valeurs mobilières au Canada. À une semaine d'une rencontre des ministres fédéral et provinciaux des Finances qui doit porter sur ce sujet, M. Dodge n'a pas été jusqu'à se prononcer en faveur de la création d'un organisme national de réglementation, comme le souhaitent Ottawa et l'Ontario, mais il a déclaré qu'«une plus grande efficience exige que le secteur canadien des valeurs mobilières soit régi par des lois et des règlements uniformes, fondés sur des principes identiques pour tous».

Certaines provinces — le Québec, l'Alberta et la Colombie-Britannique — s'opposent à la mise sur pied d'un organisme national de réglementation, faisant valoir que les intérêts de petites entreprises régionales seraient éclipsés par ceux des grandes sociétés canadiennes.

À cet égard, M. Dodge a suggéré que la réglementation puisse être adaptée selon les types d'entreprises. Ainsi, les grandes sociétés canadiennes seraient soumises à des règles aussi exigeantes que celles en vigueur dans les grands marchés boursiers tels que New York et Londres, alors qu'un autre cadre réglementaire pourrait s'appliquer aux petites entreprises de secteurs plus spéculatifs, comme les ressources naturelles, et qu'un troisième cadre réglementerait les entreprises de taille moyenne.