L'OPEP tente de regagner son influence sur les cours

Vienne — L'OPEP, qui pensait pouvoir stabiliser le marché en mettant à sa disposition tout le pétrole dont elle dispose, voit ses efforts compromis dans l'immédiat par l'ouragan Rita, mais elle espère à plus long terme remédier à sa perte d'influence en investissant massivement dans le raffinage.

Le baril de brut a rebondi de plusieurs dollars ces derniers jours, poussé par la menace de l'ouragan Rita sur la production du golfe du Mexique, moins d'un mois après les ravages causés par le cyclone Katrina. L'OPEP pensait pourtant pouvoir stabiliser le marché en annonçant mardi à l'issue d'une conférence ministérielle qu'elle mettait à la disposition du marché deux millions de barils par jour (mbj) supplémentaires, si requis, à partir du 1er octobre et pour une période de trois mois, tout en maintenant inchangés ses quotas de production à 28 mbj.

Le marché a ignoré cette annonce, soulignant l'impuissance de l'OPEP face aux événements actuels. Les ministres des pays membres eux-mêmes constatent qu'ils ne peuvent faire grand-chose de plus en la circonstance.

Mais à plus long terme, l'organisation espère bien reprendre le contrôle des prix de l'or noir en augmentant ses capacités de production de brut mais aussi en se mettant à exporter du pétrole déjà raffiné. «Les pays de l'OPEP ne peuvent plus vendre leur brut, donc cela a du sens qu'ils se mettent à le raffiner», a souligné John Hall, analyste au cabinet de consultants JHA. «Cela va leur permettre de rester influents», a-t-il estimé.

Pour cela, ses pays membres ont dévoilé à Vienne un projet d'investissement massif dans la construction de nouvelles raffineries, aussi bien chez eux qu'à l'extérieur, en Chine notamment. «Chaque pays membre construit de nouvelles raffineries. Nous faisons beaucoup dans le secteur du raffinage [...], bien plus que notre seul devoir qui concerne la production», a déclaré mardi le président du cartel, le Koweïtien cheikh Ahmad al-Fahd al-Sabah.

«Les prix ne sont plus liés à la production, qui est abondante. Ils sont affectés par d'autres facteurs: les ouragans, les tensions géopolitiques, et le goulet d'étranglement dans les raffineries, qui est selon nous le principal problème», a-t-il expliqué.

En tout, l'OPEP, qui fournit 40 % de l'offre mondiale de brut, compte accroître ses capacités de raffinage de plus de deux mbj d'ici cinq à six ans.

Le Koweït est engagé dans la construction de deux raffineries, l'une en Chine et l'autre aux États-Unis, avec pour objectif de pouvoir raffiner 200 000 à 250 000 barils de brut supplémentaires par jour, contre 970 000 barils actuellement. La Libye, qui dispose d'une capacité de 380 000 b/j, compte la porter à 800 000 b/j, et le Qatar veut doubler ses capacités actuelles de 140 000 b/j. L'Arabie Saoudite va pour sa part construire deux raffineries en Chine.

Les membres de l'OPEP produisent du brut quasiment à plein régime et le pétrole qui lui reste est du brut lourd et soufré dont le marché ne veut pas, car cette qualité est très difficile à raffiner.

L'OPEP a malgré tout rappelé aux pays consommateurs et notamment aux compagnies pétrolières internationales qu'ils avaient eux aussi un rôle à jouer dans l'accroissement des capacités de raffinage mondiales. «Nous sommes désireux d'investir dans le raffinage. Mais c'est une responsabilité commune» des producteurs et des consommateurs, a déclaré M. Al-Sabah.