Le FMI serein sur l'après-Katrina

Washington — Les États-Unis vont accuser le coup du cyclone Katrina en terme de croissance, mais ils s'en remettront alors que le boom immobilier, la flambée des prix du pétrole et les déséquilibres financiers présentent des risques plus tenaces, a estimé le FMI hier.

Le Fonds monétaire international a révisé en légère baisse ses prévisions de croissance pour les États-Unis à 3,5 % cette année (-0,1 point) et 3,3 % l'an prochain (-0,3 point).

Le pays connaît toujours «un solide rythme de croissance», bien supérieur à celui de ses principaux partenaires, note le Fonds dans son rapport semestriel. Cependant, le passage de Katrina, «sans doute la catastrophe naturelle la plus coûteuse de ces dernières années», va peser à court terme sur l'économie.

Effets indirects

Les perturbations directes seront sans doute «faibles», compte tenu du poids modeste de la zone affectée dans l'économie nationale et des efforts massifs de reconstruction. Mais c'est une zone clé pour le secteur pétrolier et les infrastructures de transport. Aussi le FMI juge-t-il qu'«il pourrait y avoir des effets indirects plus importants sur la consommation et l'investissement en raison d'une hausse temporaire des prix des matériaux», notamment ceux des produits pétroliers.

Dans l'ensemble, le Fonds estime que les risques à court terme pour la croissance sont mitigés quoique plutôt négatifs. «La confiance des ménages et des entreprises reste saine mais la hausse continue des prix du pétrole et des produits pétroliers pourrait affecter la croissance à court terme», selon lui.

Le FMI délivre un satisfecit à la Réserve fédérale (Fed) qui est engagée sur une longue voie de relèvement de ses taux d'intérêt pour contrer l'inflation. «À l'avenir, une poursuite mesurée de la hausse des taux semble appropriée», note le rapport.

Le FMI s'inquiète aussi du «niveau très bas de l'épargne des ménages, étroitement lié à l'évolution du marché immobilier». Au total, 18 États, représentant 40 % du PIB américain, connaissent aujourd'hui un boom immobilier; et les implications au niveau national sont telles que «pour la première fois depuis 1970 le marché immobilier connaît un boom au niveau national également».

«Un boom ne finit pas forcément par exploser, mais la récente hausse des prix a augmenté les inquiétudes sur les risques d'une correction», ajoute le rapport. Cela pourrait avoir un effet «sévère» sur l'économie, en freinant sérieusement la consommation, avertit le Fonds.

Inquiétudes récurrentes

Parmi ses autres inquiétudes, plus récurrentes celles-ci, le FMI cite l'accroissement du déficit commercial, entraîné par la forte croissance américaine et la flambée des prix du pétrole. Le déficit des comptes courants devrait ainsi dépasser 6 % du PIB cette année «et pourrait rester à ce niveau d'ici la fin de la décennie», à moins d'une baisse du dollar et d'une amélioration du budget.

La consolidation budgétaire «reste une priorité», d'autant que les récentes perspectives d'embellie se heurtent aux lourdes dépenses liées à Katrina, «qui pourraient atteindre 0,5 % du PIB».

L'objectif d'une division par deux du déficit budgétaire d'ici 2009, fixé par le gouvernement, est «à la fois relativement peu ambitieux et sujet à de risques considérables» selon le Fonds. Prêchant «un plus gros effort d'ajustement» et le retour à l'équilibre budgétaire d'ici 2010, le Fonds suggère d'augmenter les recettes par «l'élargissement de l'assiette fiscale, une taxe sur la consommation ou une taxe sur l'énergie».

Il se félicite enfin de la volonté des États-Unis de s'attaquer au financement des retraites. Mais le financement pour l'assurance-santé des retraités (Medicare) est «sur une voie explosive», selon lui.