L'économie américaine en récession - Enron et WorldCom ont fait plus de mal que le 11 septembre

On croyait les États-Unis sur la voie de la reprise lorsqu’a éclaté, au printemps, le scandale entourant la faillite d’Enron, puis celle de WorldCom, qui remet en cause la fiabilité, voire l’honnêteté des dirigeants des grandes entreprises am
Photo: Agence Reuters On croyait les États-Unis sur la voie de la reprise lorsqu’a éclaté, au printemps, le scandale entourant la faillite d’Enron, puis celle de WorldCom, qui remet en cause la fiabilité, voire l’honnêteté des dirigeants des grandes entreprises am

Les attaques terroristes du 11 septembre dernier n'auront finalement pas eu l'impact économique que l'on avait d'abord craint. L'économie américaine avait en effet commencé à s'affaisser bien avant les tours jumelles du World Trade Center et les plus durs coups portés contre elle sont davantage venus des dirigeants d'Enron ou de WorldCom que de ceux d'al-Qaïda.

Les États-Unis peinent depuis des mois à retrouver le formidable élan qui avait caractérisé leur économie durant toutes les années 90. Le secteur manufacturier, celui des télécommunications ainsi que celui du transport sont encore et toujours en récession. La création d'emplois est anémique. Le début d'une véritable reprise n'est pas attendu avant l'année prochaine.

Cette situation ne peut toutefois pas être attribuée aux événements du 11 septembre, affirme Vincent Lépine, économiste en chef adjoint à la Financière Banque Nationale. «Les États-Unis sont officiellement en récession depuis mars 2001. La bulle des technos avait commencé à se dégonfler un an avant. Le 11 septembre apparaît comme une simple étape, sinon une anomalie dans le portrait d'ensemble.»

«On s'en allait là de toute façon, soutient un autre observateur attentif des marchés financiers qui préfère conserver l'anonymat. En fait, sans le 11 septembre, la Réserve fédérale et le gouvernement américain n'auraient probablement pas osé s'investir autant dans les semaines qui ont suivi pour relancer l'économie. Cela a d'ailleurs fonctionné pendant un temps. Puis on est retombé dans la morosité qui prévalait avant les attaques.»

Seule exception notable à cette affirmation, le monde du transport aérien qui, bien que déjà en sérieuses difficultés avant les événements tragiques du 11 septembre, doit encore aujourd'hui composer avec une clientèle plus craintive.

Pendant ce temps, le Canada et le Québec semblent évoluer sur une tout autre planète malgré leurs liens économiques étroits avec leur voisin du Sud. Enclenchée plusieurs mois après celle des États-Unis, la croissance économique y a encore bon souffle. Le secteur manufacturier et celui de la construction demeurent vigoureux. La création d'emplois et la confiance des consommateurs restent fortes.

Un choc psychologique

On se garde toutefois bien de nier l'impact, à tout le moins psychologique, de l'attaque terroriste de l'année dernière. Jusque-là, les consommateurs américains avaient maintenu une confiance inébranlable en la capacité de rebondir de leur économie. Fondée aux deux tiers sur les services, cette dernière s'arrête net dans les jours et les semaines qui suivent l'attentat du 11 septembre.

«Les gens n'ont rien fait d'autre ce mois-là que de rester chez eux à regarder la télévision et à se demander ce qui allait arriver, raconte François Dupuis, chef économiste adjoint et stratège au Mouvement Desjardins. On a arrêté de sortir au restaurant, d'acheter des biens de consommation, de faire construire des maisons.»

Placés jusque-là devant le défi d'expliquer comment la plupart des indicateurs économiques pouvaient être si bas et la confiance des consommateurs si haute, les économistes saisissent cette occasion pour déclarer l'entrée en bonne et due forme des États-Unis dans une récession.

La réaction des autorités financières et gouvernementales américaines ne se fait pas attendre. La Réserve fédérale entreprend une série de baisses importantes de son taux directeur. Washington fait passer à la vitesse supérieure sa politique d'augmentation du budget de la défense. Même les producteurs automobiles américains s'y mettent en vendant leurs voitures de l'année à des taux de financement imbattables.

«La crainte, dans ces circonstances-là, est de perdre le contrôle de la situation et de voir la chute de confiance se répercuter sur l'économie et provoquer une réaction en chaîne», dit Vincent Lépine.

Au Canada, les marchés et les consommateurs sont également saisis de stupeur au lendemain du 11 septembre, «mais cet arrêt s'est avéré tellement bref, et la reprise a été tellement rapide, que l'on n'a pas connu de récession au pays, note Vincent Lépine. L'impact de ces attaques sur la confiance des gens n'a pas été le même au Québec et au Canada. Comme ailleurs, les gens ont été ébranlés, mais l'effet n'a pas duré».

Pires que les avions: les scandales

Quelques semaines après le 11 septembre, les États-Unis aussi pensent voir finalement la lumière au bout du tunnel. Les initiatives conjointes de la Fed et du gouvernement ne tardent pas, en effet, à porter fruits. La Bourse américaine atteint son pire creux le 21 septembre avant d'entreprendre une lente remontée. Les dépenses de consommation explosent en octobre. Les consommateurs retrouvent peu à peu leur confiance en l'avenir. On croirait les États-Unis sur la voie de la reprise lorsque éclate au printemps le scandale entourant la faillite d'Enron, puis celle de WorldCom, qui remet en cause la fiabilité, voire l'honnêteté des dirigeants des grandes entreprises américaines.

«Ces scandales du printemps et de l'été derniers ont été plus dommageables pour l'économie américaine que les attentats du 11 septembre, estime François Dupuis. L'effet en a été plus long. La Bourse a atteint un nouveau creux au mois de juillet, encore pire qu'au lendemain des attaques terroristes. L'été a tout simplement été désastreux.»

Le Canada et le Québec continuent de leur côté d'être relativement épargnés. Mais cette situation ne pourra pas durer éternellement, avertissent les analystes. Notre sort reste tout de même trop lié à celui de l'économie américaine pour que l'on ne souhaite pas qu'elle retrouve le plus tôt possible une certaine vigueur, ne serait-ce que pour éviter que le niveau de nos exportations vers ce pays ne finisse pas miner notre propre essor.