Parasuco a un pied dans la porte

Un magasin Parasuco, angle Crescent et Sainte-Catherine, à Montréal. Le designer et détaillant de vêtements montréalais serait sur le point de déménager son quartier général à Los Angeles ou encore en Italie.
Photo: Jacques Grenier Un magasin Parasuco, angle Crescent et Sainte-Catherine, à Montréal. Le designer et détaillant de vêtements montréalais serait sur le point de déménager son quartier général à Los Angeles ou encore en Italie.

Le designer et détaillant de vêtements montréalais Parasuco serait sur le point de déménager son quartier général à Los Angeles ou encore en Italie, chassé de ses terres, explique-t-il, par le manque de main-d'oeuvre qualifiée et le manque d'appui des gouvernements.

L'entreprise, qui fait la fierté de l'industrie du vêtement québécois, et dont le chiffre d'affaires s'élève à 130 millions, s'apprêterait à transférer l'ensemble de ses activités de gestion, de design, de marketing et de service à la clientèle représentant en tout 200 emplois. Elle ne laisserait au Canada que ses magasins.

«Cela se ferait dès l'année prochaine, a expliqué hier au Devoir Vyara Ndejuru, coordonnatrice principale au marketing et aux communications de l'entreprise. La décision est pas mal prise, mais le soutien qu'a montré la clientèle locale fait encore hésiter M. Parasuco. Les faits sont tellement accablants que la décision de partir aurait été prise depuis longtemps s'il n'était pas tellement attaché à sa ville.»

Les raisons de ce départ seraient multiples. Dans une entrevue accordée à l'hebdomadaire Les Affaires et publiée dans sa dernière édition, le président-fondateur et directeur général de l'entreprise, Salvatore Parasuco, explique qu'elle tient en premier lieu au manque d'expertise et de main-d'oeuvre hautement qualifiée à Montréal. «Les meilleurs talents sont aux États-Unis, en Italie, à Hong Kong», est-il indiqué.

Il n'est pas question de manque de talents créateurs, précise Vyara Ndejuru, mais d'une pénurie de techniciens qualifiés, tels que les patronistes et autres spécialistes du tissu. Quant aux dirigeants dans ce domaine, ils préféraient la mode et les écoles anglaises de New York, Los Angeles ou Milan.

Outre la fiscalité et la faiblesse du dollar canadien, Parasuco en a contre les gouvernements, qui ne seraient pas assez à l'écoute des besoins de l'industrie. Il faudrait qu'ils financent une école technique de haut niveau, qu'ils lèvent ces quotas d'importation et ces délais aux frontières qui compliquent tellement la vie des entreprises faisant des affaires mondialement. Sans parler de toutes ces misères que les autorités municipales lui ont fait subir lors de la rénovation de son magasin de la rue Crescent.

Montréal est «le secret le mieux gardé de l'Amérique du Nord», a pourtant admis, au journal Les Affaires, Salvatore Parasuco. «Mais si je veux mener ma marque aussi loin que je le souhaite, je n'ai pas le choix», a-t-il ajouté.Faut-il y voir un adieu? Ou un dernier appel lancé aux gouvernements pour qu'ils prouvent qu'ils peuvent faire mieux? «C'est notre façon de lancer un dernier appel», confirme Vyara Ndejuru.

Placé au coeur des efforts de réorganisation stratégique d'un secteur durement affecté par la concurrence étrangère, notamment asiatique, Jean Rivard dit comprendre le point de vue de Salvatore Parasuco. Le directeur général du Conseil des ressources humaines de l'industrie du vêtement renâcle cependant à le suivre quant à la disponibilité d'une main-d'oeuvre qualifiée ou au statut de ville de seconde zone de Montréal.

«Montréal ne fait pas office de parent pauvre par rapport à Londres, Paris ou New York, dit-il. On est reconnu mondialement pour la créativité et l'expertise de notre main-d'oeuvre en plus d'être le deuxième centre de production en importance en Amérique du Nord, derrière Los Angeles et devant New York. Sans parler du fait que l'on est à la porte du marché le plus riche du monde.»

«J'aurais envie de dire que c'est cette créativité, poursuit-il, cette qualité de la main-d'oeuvre et cette proximité des grands marchés qui ont justement permis à une entreprise comme Parasuco de devenir une entreprise phare dans le domaine. Je crois qu'elles lui permettraient de continuer encore sur sa lancée.»