Hausses du prix de l'essence - Une commission d'enquête s'impose

Frédéric Quintal, porte-parole du groupe L’Essence à juste prix.
Photo: Frédéric Quintal, porte-parole du groupe L’Essence à juste prix.

Les Canadiens ont tort d'accepter sans broncher les hausses vertigineuses du prix de l'essence qui se succèdent, de 85 % (avant taxes) depuis le mois de janvier et de 381 % depuis 1999. Une commission fédérale d'enquête s'impose, sinon une étude de la vérificatrice générale, estime Frédéric Quintal, défenseur des intérêts des consommateurs, par le biais d'«Essence à juste prix».

Frédéric Quintal planche depuis cinq ans sur la question et croit bien avoir trouvé le triple noeud du problème: il n'y a plus de concurrence entre les grandes pétrolières relativement aux produits pétroliers raffinés, et cela depuis 20 ans; la capacité de raffinage est à son maximum depuis l'année 2000 et les spéculateurs boursiers s'en donnent à coeur joie.

«La cause des hausses exagérées du prix de l'essence est une conséquence d'un système de prix de référence commun des produits pétroliers sortis de la raffinerie datant d'une vingtaine d'années», a fait valoir M. Quintal, hier, en conférence de presse.

Depuis que les grandes pétrolières ont adopté un prix unique, sans escompte, et qu'elles le publient, le phénomène de la concurrence ne joue plus, signale-t-il. Le Canada aurait pu mettre fin à cette pratique, comme le recommandait en 1985 Michael O'Farrell, directeur d'une enquête sur l'industrie pétrolière, mais ne l'a pas fait. Les consommateurs canadiens en paient le prix, déplore M. Quintal, qui a mis la main sur ce rapport tout récemment, en juin. D'où son regain de combativité.

En outre, M. Quintal considère que le Canada n'a pas à tenir compte des prix mondiaux de l'essence, tout comme le Québec ne tient pas compte du prix de l'électricité prévalant aux États-Unis pour réclamer des hausses.

Il reconnaît toutefois que, même à 1,12 $ le litre, les Canadiens paient leur essence à meilleur prix que la plupart des consommateurs des pays du G8, à une exception près: les États-Unis.

M. Quintal aimerait bien intenter un recours collectif à l'encontre des grandes pétrolières, mais il lui manque des informations qu'il compte obtenir lors de la commission d'enquête qu'il réclame. Si jamais le gouvernement fédéral s'y refuse, M. Quintal se tournera vers la vérificatrice générale, «dont la fiabilité est hors de tout doute», a-t-il indiqué.

Le 9 août, le ministre des Transports, Jean Lapierre, a déclaré que son gouvernement ne pouvait intervenir et qu'il s'agissait d'une «conjoncture internationale».

«On n'est pas pour remettre des coupons-rabais à la population», avait-il lancé.

De passage hier à Québec, M. Lapierre a dit n'avoir aucune intention d'abaisser les taxes sur les carburants ou de modifier les modes de taxation. Il ne s'est pas prononcé sur la pertinence d'une enquête.