Google brille au firmament

New York — Un an après son introduction en Bourse, le moteur de recherche américain Google brille au firmament des valeurs Internet, avec une action et des bénéfices plus que triplés, portés par un modèle d'entreprise atypique et teinté d'un esprit de jeunesse.

Loin de se contenter des performances de l'action, la firme californienne a décidé de fêter sa première année à la Bourse de New York, hier, en annonçant la vente d'actions pour lever la bagatelle de 4 milliards de dollars pour financer ses investissements.

L'annonce est un pied de nez à tous ceux qui avaient douté de cette introduction en Bourse, Google affichant une ambition perçue alors comme insolente: être la première société Internet à oser mettre un pied sur le marché depuis la crise boursière du secteur en 2000.

En un an, l'action est passée de 85 à 285,10 $US —mercredi soir en clôture—, après avoir dépassé les 300 $US en juillet. La valorisation boursière a grimpé de 23 à 77 milliards. Parallèlement, «les bénéfices ne cessent d'augmenter, et le retour sur investissement laisse sans voix les autres sociétés du secteur», résume Jim Friedman, analyste chez SG Cowen. Au deuxième trimestre, le chiffre d'affaires a «simplement» doublé, à 1,4 milliard, tandis que le bénéfice a... plus que quadruplé, à 343 millions.

Côté direction, les fondateurs Larry Page et Sergueï Brin incarnent l'image des trentenaires officiellement célibataires et milliardaires. Les deux hommes, connus pour leur traque au gaspillage des dépenses, jusque dans les grands rassemblements destinés à souder les employés à la culture de l'entreprise, sont à la tête d'une fortune de 7,2 milliards chacun.

Le secret du succès est toujours le même: la publicité en ligne sur un site d'accès gratuit. En toile de fond, la recherche d'applications attrayantes. «Nous encourageons notre équipe d'ingénieurs à être aussi créative que possible», affirmaient il y a un an MM. Page et Brin, qui poussent la créativité jusqu'à sélectionner les cuisiniers du siège par un concours culinaire.

Bémol à cette prospérité, les embauches régulières chez Google — 4183 employés fin juin, +40 % en six mois—-, «qui pourraient mettre une pression plus forte qu'attendue sur les marges», avertit Lauren Rich Fine, de Merrill Lynch.

En affaires, Google inquiète régulièrement ses concurrents directs et indirects. Dans sa bataille avec Yahoo! pour obtenir la suprématie auprès des internautes, Google a déjà sorti un logiciel vidéo et un moteur de recherche spécialisé dans le shopping, «Froogle». Dernier lancement en date, le logiciel «Google Earth», qui permet de faire un tour du monde virtuel en visitant à basse altitude les villes de la planète, et concurrence une application de Microsoft.

Google a également des concepts en chantier, dont le controversé «Google print», projet de numérisation de 15 millions de livres pour créer la plus grande bibliothèque virtuelle du monde, et qui a forcé l'Union européenne à dire «oui»à un projet de bibliothèque virtuelle européenne pour contrer cette ambition. Google a supendu le projet la semaine dernière, devant d'abord nouer des accords de reproduction avec tous les détenteurs de droits sur les ouvrages.