Bois d'oeuvre - Ottawa privilégie les pressions politiques sur Washington

Québec — Le gouvernement fédéral privilégie les pressions politiques aux sanctions commerciales, dans son différend avec les États-Unis sur le bois d'oeuvre. Pendant ce temps, au gouvernement du Québec, on examine la possibilité d'imposer des représailles économiques aux Américains, si les discussions prévues prochainement entre le président Georges W. Bush et le premier ministre Paul Martin ne débouchent sur aucune entente.

Le premier ministre Martin doit s'entretenir à court terme avec le président Bush, pour tenter de convaincre son puissant voisin de renoncer à poursuivre la saga judiciaire qui jusqu'à maintenant a toujours donné tort aux États-Unis. «On va met-tre des pressions au niveau politique jusqu'au niveau présidentiel», a dit le ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre, de passage à Québec, lors d'une conférence de presse, hier.

C'est la crédibilité de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui est en cause «et la bonne foi des signataires de l'ALENA», a convenu le ministre Lapierre. Chose certaine, Ottawa entend tout mettre en oeuvre pour faire respecter la décision de la semaine dernière, a insisté M. Lapierre, sans toutefois jamais envisager de répliquer aux Américains en leur imposant des sanctions commerciales.

La semaine dernière, le comité d'appel de l'Aléna a maintenu un précédent jugement, qui avait rejeté les allégations des États-Unis selon lesquelles le Canada avait violé les règles de l'ALENA.Comme toutes les autres instances qui se sont prononcés sur ce différend jusqu'ici, le comité a jugé que les droits compensatoires imposés par les États-Unis à l'industrie forestière canadienne sont injustifiés.

Pourtant, le représentant américain au Commerce, Rob Portman, a dit que son pays refuserait de se plier à cette décision.

Depuis une décennie, les États-Unis ont utilisé, dans le dossier du bois d'oeuvre, toutes les manoeuvres «dilatoires possibles et impossibles» et il est temps que cela cesse, a fait valoir le ministre. M. Lapierre a rappelé qu'en guise de protestation, le gouvernement canadien avait annulé les séances de négociations qui devaient avoir lieu le 22 août dans ce dossier entre les deux pays.

Les Américains allèguent que le bois d'oeuvre canadien exporté aux États-Unis constitue une menace pour l'industrie américaine. Ils ont donc choisi d'imposer des droits compensatoires totalisant 27 %.

Le Québec et le Canada estiment que ces taxes sont con-traires à l'esprit de l'accord de libre-échange. On estime que les industries québécoises ont jusqu'à maintenant versé sans raison 1,25 milliard de dollars en tarifs douaniers aux États-Unis et elles veulent récupérer cet argent. Mais Washington a indiqué une fin de non-recevoir.

Entre-temps, pour protéger son industrie et compenser les préjudices subis, Québec n'exclut pas la possibilité de taxer des produits américains qui franchissent la frontière.