Vidéotron étend ses services IP à Montréal 650 000 nouveaux foyers seront desservis sur l'île

Débarqué depuis un peu plus de six mois dans les plates-bandes des anciens monopoles du téléphone, le câblodistributeur sera désormais en mesure d'offrir son nouveau service de téléphonie résidentielle à un total de 1,5 million de foyers au Québec, dont environ 650 000 nouveaux foyers dans l'île de Montréal.

Lancé en février, ce service comptait, cinq mois plus tard, environ 42 000 abonnés à Laval, sur la Rive-Sud montréalaise ainsi que dans l'ouest de l'île de Montréal. Étendu à partir du 11 juillet à la région de Québec, il a vu, depuis, ce total passé à 62 500 abonnés, conférant à la compagnie le premier rang au Canada en matière de téléphonie employant la technologie Internet (Internet Protocol ou IP), devant Primus et ses 40 000 clients.

Le réseau de Vidéotron peut rejoindre 2,4 millions, ou 80 % des foyers québécois. De ce nombre, 1,4 million sont abonnés à son service ordinaire de câble. Les régions de la Rive-Nord de Montréal, de Gatineau, de Sherbrooke et de Saguenay comptent parmi les régions où son service de téléphonie numérique n'est toujours pas offert.

La compagnie leur fait toutefois savoir qu'il faudra attendre encore un peu. «On aurait les infrastructures technologiques pour offrir le service téléphonique à la grandeur du territoire que l'on couvre, explique la directrice générale des communications de Vidéotron, Isabelle Dessureault. Ce qui limite notre rythme d'expansion c'est notre capacité d'assurer le service à la clientèle et le support technique, comme l'installation. On pensait faire cette annonce un peu plus tôt, poursuit-elle à propos de l'élargissement du service aux parties centre et est de l'île de Montréal, mais la demande a été tellement forte à Québec que l'on a préféré attendre un peu pour être bien sûr de garder le contrôle.»

L'expansion du service téléphonique à l'ensemble de l'île de Montréal ne nécessitera pas l'achat de nouveaux équipements. L'entreprise évalue seulement qu'il lui en coûte 250 $ par nouveau client en frais de branchement et de services techniques. Elle dit avoir embauché environ 200 nouveaux employés aux services à la clientèle seulement dans les deux derniers mois, sans compter le personnel supplémentaire qu'ont nécessairement dû engager ses nombreux sous-traitants chargés d'assurer les services techniques à domicile.

Prévisions à la hausse

Si la compagnie révélait, le mois dernier, qu'environ 7 % à 8 % des foyers de la Rive-Sud où se rend le câble sont désormais clients de son service de téléphonie numérique, elle ne se disait pas prête à donner plus de détail sur son succès avant le dévoilement de ses prochains résultats trimestriels, fin octobre, début novembre. «Tout ce que je peux dire, c'est que cela fonctionne très bien et qu'il nous arrive souvent de voir arriver de nouveaux clients qui prennent trois services d'un coup», affirme Isabelle Dessureault en parlant de la téléphonie numérique, du câble et de l'Internet.

Elle fait d'ailleurs savoir que la compagnie a mis au point une nouvelle offre «très agressive» grâce à laquelle on pourra avoir l'Internet de base, la télévision et la téléphonie numérique pour 70 $ par mois. Un système de messagerie Internet et téléphonique unifié, souvent présenté comme l'exemple type des nouveaux services rendus possibles grâce à l'intégration de tous ces médias, serait également «pour très bientôt».

S'avouant surpris par le rythme de croissance du service de téléphonie numérique de Vidéotron, les analystes financiers du Mouvement Desjardins ont révisé à la hausse leurs projections pour les prochains mois. Établi jusqu'à hier à 96 600, son nombre total de clients à la fin de l'année devrait plutôt avoisiner les 121 000, estiment aujourd'hui les experts de l'institution financière, et atteindra 292 000 au lieu de 243 000 au terme de l'année suivante.

On estime que les anciens monopoles tels que Bell et Telus assurent toujours environ 95 % des services de téléphonie résidentielle. Cette proportion devrait avoir chuté à 70 % d'ici cinq ans, notamment à cause de la concurrence des câblodistributeurs, prédisent certains analystes. Selon la firme de consultant SeaBoard, le nombre de lignes numériques atteindrait 2,1 millions d'ici trois ans.

«Ça va très bien, merci!»

Le perfectionnement de la technologie, permettant la traduction et le transport des données, des images et de la voix dans le langage informatique en usage sur Internet, a amené une multitude de nouveaux acteurs à oser s'attaquer aux anciens monopoles du secteur téléphonique. Les câblodistributeurs apparaissent particulièrement bien placés pour se lancer à la conquête de ce marché puisqu'ils disposent de leurs propres réseaux de télécommunication directement branchés à chaque résidence. Ils ont également l'avantage de pouvoir joindre à leur offre le câble et le branchement Internet.

Appelé à fixer les règles des nouveaux services de téléphonie numérique, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a décidé, en mai, que les anciens monopoles du téléphone dominaient encore bien trop le marché pour que leurs prix ne continuent pas d'être contrôlés le temps que la concurrence se renforce. Bell Canada, Telus et les autres compagnies de téléphone en appellent maintenant de cette décision.

Du côté des câblodistributeurs canadiens, le québécois Cogeco Câble, l'albertain Shaw Communication et l'ontarien Rogers Cable se sont tous lancés, à l'exemple de Vidéotron, dans l'aventure de la téléphonie numérique.

Quatrième entreprise en importance au pays avec 830 000 abonnés du câble, dont 240 000 au Québec, Cogeco Câble a commencé en juin dans la région ontarienne de Burlington et Oakville. Cogeco Câble disait alors être conservateur en prédisant que, dans cinq ans, 15 % de ses abonnés du câble auront adopté son service de téléphonie. La compagnie n'en dira pas plus avant le dévoilement de ses prochains résultats financiers, a averti hier sa directrice, communications d'entreprise, Marie Carrier. «Ça va très bien, merci!», laisse-t-elle, à son tour, tout de même savoir.