Le pétrole cher pèse sur l'économie, mais les analystes sont confiants

Le prix du gallon d’essence a augmenté de 70 ¢US depuis le début de l’année.
Photo: Jacques Grenier Le prix du gallon d’essence a augmenté de 70 ¢US depuis le début de l’année.

Washington — La flambée des prix du pétrole commence à faire sentir ses effets aux États-Unis, via l'inflation notamment, mais les analystes jugent l'économie assez solide pour résister un bon moment encore.

«La grande question est de savoir si la flambée récente des cours va conduire à un nouveau passage à vide de la consommation», souligne Maury Harris, chef économiste de UBS Securities. C'est une question essentielle, car la consommation représente le moteur numéro un de la croissance américaine.

Plusieurs chiffres laissent craindre qu'en effet le pétrole cher ne commence à peser. Une certaine accélération de l'inflation est perceptible: hausse de 0,5 % des prix à la consommation en juillet sur juin, bond de 1 % des prix à la production au cours du même mois...

Mardi, la compagnie aérienne American Airlines a imposé un surcoût de 10 $US sur chacun de ses vols internationaux, en raison du renchérissement du kérosène. De son côté, Wal-Mart a présenté des résultats décevants qu'il a expliqués par le renchérissement du prix du carburant. «Les magasins à l'enseigne Wal-Mart n'ont pas réussi à remplir leurs objectifs alors que nos clients sont touchés par la hausse des prix de l'essence», a déclaré Lee Scott, le p.-d.g..

La clientèle de base de Wal-Mart est typiquement celle pour qui chaque dollar compte et qui réagit immédiatement à une hausse des prix à la pompe en réduisant ses dépenses ailleurs.

Mais cela ne concerne pas tous les Américains — notamment pas ceux qui continuent d'acheter des gros 4 x 4, ou ceux qui se sont enrichis en dormant grâce au boom de l'immobilier (près de 70 % des ménages sont propriétaires aux États-Unis).

«Une partie des Américains souffre de voir l'essence proche des 3 $US le gallon (79 ¢US le litre), mais ils ne sont pas assez nombreux pour que cela ralentisse fortement la consommation», souligne John Lonski de Moody's Investor Services.

Aussi les analystes jugent-ils qu'il est trop tôt pour s'inquiéter. Le prix du gallon d'essence a augmenté de 70 ¢US depuis le début de l'année, mais cela n'a pas empêché la croissance d'accélérer ni les consommateurs d'acheter.

«Ce choc pétrolier diffère beaucoup des précédents, ce qui m'amène à penser que l'économie va pouvoir s'adapter au nouvel environnement de prix sans grand ralentissement économique», estime James Hamilton, professeur d'économie à l'université de Californie.

Les économistes de la Société générale estiment à 0,4-0,5 % l'amputation de la croissance américaine entre juin 2004 et juin 2005 du fait du pétrole cher. Cela signifie que sans le pétrole, la machine américaine aurait frôlé la surchauffe (la croissance a atteint 3,8 % au premier trimestre et 3,4 % au deuxième en rythme annuel). Et «l'économie va sans doute continuer à faire preuve d'une résistance remarquable face à la hausse des prix du pétrole», juge Michael Englund, chef économiste d'Action Economics.

On ne peut exclure qu'à un moment ou à un autre l'énergie devienne un poids. Mais les analystes font valoir que, malgré les records impressionnants du baril (67 $US dernièrement), on est loin encore des niveaux atteints dans les années 1980 — à la fois parce qu'il faut corriger ces chiffres de l'inflation et parce que l'économie utilise l'énergie de façon beaucoup plus efficace aujourd'hui.

Et avant la consommation, ce sont les profits des entreprises qui risquent de souffrir, alors qu'elles n'ont toujours pas regagné assez de marge de manoeuvre pour répercuter les hausses de coûts sur leurs clients.

«La concurrence contient la hausse des prix à la consommation donc l'inflation pourrait ne pas beaucoup augmenter. Mais cela met les profits sous pression», avertit l'économiste indépendant Joel Naroff.