Une pandémie de grippe aurait l'impact de la Crise de 1929

Toronto — L'impact économique d'une pandémie de grippe pourrait être comparable à la Grande Crise de 1929, selon des analystes de la firme de courtage BMO Nesbitt Burns, qui évoquent le spectre d'une chute de valeur des actifs immobiliers, d'une forte augmentation du nombre de faillites ainsi que d'un choc pour l'industrie de l'assurance.

«Ce serait comparable à la Grande Crise à bien des égards, même si les causes seraient évidemment différentes», a déclaré en entrevue, hier, l'économiste Sherry Cooper, coauteur de l'étude réalisée pour le bénéfice des clients de BMO Nesbitt Burns.

«Il n'y aurait pas de taux de chômage à 30 %, parce que plusieurs personnes mourraient. Mais même si la demande de main-d'oeuvre serait supérieure à l'offre, l'impact serait terrible pour l'économie mondiale», a-t-elle ajouté.

Michael Osterholm, directeur du Centre de recherche sur les maladies infectieuses à l'Université du Minnesota, croit que cette étude marque le début d'une prise de conscience par le secteur financier de l'impact d'une pandémie de grippe. L'Organisation mondiale de la santé ainsi que des spécialistes en santé publique expriment depuis quelque temps déjà leurs craintes de voir l'éclosion prochaine d'une épidémie mondiale de grippe, qui serait la première depuis 1968. Ils redoutent principalement le virus de la grippe aviaire H5N1, qui sévit présentement en Asie du Sud-Est.

«Le monde de la finance se rend finalement compte que cela pourrait être la grosse pierre dans l'engrenage de l'économie», affirme M. Osterholm.

Il estime qu'une pandémie de grippe aurait un effet dévastateur pour le commerce international. «Toutes les catastrophes dont nous avons été témoins dans le monde au cours des dernières années ont eu pour effet de dresser des rideaux à nos frontières, précise M. Osterholm. Cela [une pandémie de grippe] équivaudrait plutôt à ériger une porte d'acier de six pouces d'épaisseur.»

Dans leur étude, Mme Cooper et son collègue Donald Coxe, gestionnaire de portefeuille pour le Groupe financier BMO, affirment qu'une épidémie mondiale de grippe aurait notamment pour effet de clouer au sol les appareils des transporteurs aériens, de freiner le transport des marchandises et d'anéantir l'industrie du tourisme.