Le gouvernement prépare les Français à vivre avec un pétrole cher

Paris — Le premier ministre Dominique de Villepin a préparé hier les Français à un pétrole durablement cher, en défendant les énergies de rechange, dont le nucléaire, et en promettant des mesures pour les secteurs les plus touchés par l'envolée du prix du baril. Dont une redistribution des rentrées fiscales additionnelles dans les coffres de l'État découlant de la flambée des cours pétroliers.

«Face à la crise pétrolière, je veux poser plusieurs exigences: une exigence de vérité, d'abord, car cette crise est appelée à durer. Tous les facteurs sont réunis pour que le pétrole reste cher dans les années et les décennies à venir», a déclaré le Premier ministre, jusque là silencieux sur l'emballement des prix, qui affolent les marchés internationaux depuis début août.

M. de Villepin a réuni le ministre des Finances Thierry Breton, le ministre des Transports Dominique Perben, la ministre de l'Environnement Nelly Olin et le ministre délégué à l'Industrie François Loos pour ajuster la politique énergétique de la France.

Le pays doit se préparer à vivre avec un pétrole cher, car le brut va se faire de plus en plus rare, car la consommation mondiale augmente rapidement et enfin parce que les tensions politiques au Moyen-Orient, qui concentrent les deux tiers des réserves, risquent de perdurer, a-t-il jugé. Un constat qui conduit le gouvernement à renforcer l'indépendance énergétique de la France: si la production nationale couvre aujourd'hui la moitié des besoins énergétiques, «cet acquis doit être conforté car c'est cette orientation qui, seule, nous permettra de protéger dans la durée le pouvoir d'achat des Français», a estimé M. de Villepin.

Pour cela, le Premier ministre entend relancer les investissements dans le domaine pétrolier. Jugeant les capacités de raffinage actuellement saturées en France, M. de Villepin a enjoint Total et les autres compagnies pétrolières d'engager des efforts en ce sens.

Le gouvernement veut aussi préparer la nouvelle génération de centrales nucléaires. Un réacteur de troisième génération, l'EPR, destiné à prendre le relais des réacteurs existants, doit déjà être mis en service à l'horizon 2012.

Pas question cependant de tomber dans le «tout nucléaire», a assuré le premier ministre, qui préconise «un véritable bouquet énergétique» comportant le développement des énergies renouvelables, telles l'hydroélectricité, l'éolien, les biocarburants et le solaire. «Ces nouvelles énergies deviennent des solutions de rechange de plus en plus intéressantes à mesure que le prix du pétrole monte», a reconnu M. de Villepin.

À partir d'un baril à 50 $US, la production d'électricité d'origine éolienne devient compétitive par rapport à la production fournie par les turbines à gaz à cycle combiné, selon le syndicat des énergies renouvelables. Une directive européenne prévoit que les énergies renouvelables passent de 16 % à 21 % à l'horizon 2010.

Sans annoncer de nouvelles mesures, le Premier ministre a rappelé que le gouvernement dopait les incitations fiscales sur les biocarburants et définissait des tarifs favorables de rachat de l'électricité produite par les énergies renouvelables.

Quant aux économies d'énergie, l'État «prendra toute sa part» par la fiscalité avec le renforcement des crédits d'impôts en faveur des voitures propres et de l'acquisition de chauffages fonctionnant à partir d'énergie renouvelable, par la relance des investissements publics en faveur des transports collectifs et par la recherche sur les véhicules propres.

Recettes d'opportunité

Dominique de Villepin a également annoncé hier que les éventuelles recettes fiscales induites par la hausse du prix du pétrole feraient l'objet d'une redistribution ciblée vers «les Français les plus exposés». Le Premier ministre a demandé qu'une commission d'évaluation indépendante détermine dès l'automne, le cas échéant, le montant des excédents dégagés pour l'État.

«Je m'engage à ce que l'État ne bénéficie d'aucune sorte de recettes d'opportunité et c'est pourquoi j'agirai dans la transparence», a-t-il déclaré à l'issue d'une réunion interministérielle à Matignon consacrée à la flambée du prix du pétrole. Le chef du gouvernement a souligné que les recettes supplémentaires seraient rétrocédées d'une part aux professionnels touchés par la hausse des carburants et d'autre part aux faibles salariés.