Essence: le CAA prône l'abstention

Exaspéré de voir le prix à la pompe augmenter de jour en jour? Hier, le CAA a conseillé aux automobilistes rien de moins que l’abstention «en attendant que les prix se stabilisent» ou, au pire, de «rationaliser» l’usage de leur véhicule.
Photo: Agence Reuters Exaspéré de voir le prix à la pompe augmenter de jour en jour? Hier, le CAA a conseillé aux automobilistes rien de moins que l’abstention «en attendant que les prix se stabilisent» ou, au pire, de «rationaliser» l’usage de leur véhicule.

L'organisme CAA-Québec s'en est pris aux compagnies pétrolières hier en affirmant que les prix de l'essence dans la région de Montréal, qui se sont hissés à 1,14 $ le litre après un bond d'environ 10 ¢ lundi, établissaient des «écarts sans précédent» par rapport au prix minimum de 1,026 $ fixé cette semaine par la Régie de l'énergie du Québec.

Disant constater que ces marges de profit «injustifiables» dépassent largement la moyenne de la dernière année, le groupe a conseillé aux automobilistes rien de moins que l'abstention «en attendant que les prix se stabilisent» ou, au pire, de «rationaliser» l'usage de leur véhicule. L'Institut canadien des produits pétroliers a répondu qu'il était plutôt malvenu de se baser sur des moyennes pour juger une situation qui évolue sur une base quotidienne.

«À 1,149 $ le litre, le prix de l'essence à Montréal inclut une marge de 11 ¢, sans les taxes, au-dessus du prix minimum calculé par la Régie pour la semaine en cours, a écrit CAA-Québec. Cela représente une augmentation de quelque 250 % par rapport à la marge moyenne de 3,2 ¢ pour l'ensemble des 12 derniers mois. Rappelons que le prix minimum est calculé chaque semaine et tient compte de toutes les fluctuations concernant le prix de gros, le transport et les taxes. De là à conclure que les pétrolières profitent des récentes hausses du prix du pétrole sur le marché mondial pour augmenter indûment leurs profits dans la région de Montréal, il n'y a qu'un pas.»

Tout compte fait, les prix de l'essence à la pompe devraient logiquement redescendre, a indiqué CAA-Québec. «Une marge de 11 ¢, rien ne justifie ça», a dit l'agente de communication Brenda Sanfaçon, selon laquelle «il y a une bonne marge de manoeuvre» entre la moyenne de la dernière année et les marges actuelles. «La semaine dernière, on a vu un pic dans les prix et, peu de temps après, ils sont revenus vers des niveaux plus acceptables. Là on voit une deuxième tentative. [...] Ça ne devrait pas tarder à revenir à un niveau plus en ligne avec le prix plancher.»

Plusieurs variables influencent le prix de l'essence à la pompe, parmi lesquels figurent le cours du pétrole brut et ce qu'il en coûte pour le raffiner, mais aussi le cours de l'essence cotée en Bourse à New York. Les règles du marché évoluant parfois au gré des spéculateurs, l'industrie pétrolière affirme généralement qu'elle ne dispose que d'une marge de manoeuvre limitée. Ses critiques disent que le prix de l'essence n'en serait pas rendu là si l'industrie nord-américaine ne souffrait pas d'une sous-capacité chronique de raffinage.

Selon Louis Forget, président du comité de direction de l'Institut canadien des produits pétroliers, un détaillant qui se garde une marge de 3 ¢ ne vit pas grassement. «Le prix de la Régie est un prix plancher, pas un prix plafond. Ce n'est pas parce que la moyenne des 12 derniers mois est de 3,2 ¢ qu'il faut vendre aujourd'hui à 3,2 ¢. Il peut donc y avoir eu des journées de 7 ¢, 8 ¢ ou 9 ¢, et d'autres à zéro. [...] Le prix de la Régie, qui s'applique à partir du lundi, est basé sur le prix de gros du jeudi précédent. Si un détaillant va chercher son essence ce matin et que ça lui coûte soudainement plus cher, pensez-vous qu'il va le vendre au prix de la semaine dernière? C'est complètement farfelu.»

Selon M. Forget, également porte-parole d'Ultramar, la hausse à 1,14 $ le litre — qui se compare à des prix d'environ 1,06 $ pour la région de Québec — s'explique en partie par un redressement à la suite d'une guerre de prix et par les nouveaux coûts du pétrole raffiné à la rampe de chargement. Les compagnies pétrolières qui disposent de leurs propres raffineries, a-t-il déclaré, ne contrôlent qu'environ 17 ¢ sur 1,14 $.

La mesure du CAA est temporaire. Mais l'un des principaux critiques en la matière, Frédéric Quintal, porte-parole du groupe L'Essence à juste prix, a déjà affirmé que les campagnes de boycottage à grande échelle n'étaient pas la meilleure façon de faire face à la situation et qu'il fallait plutôt trouver les moyens politiques et juridiques de réglementer l'industrie.