Bois d'oeuvre - Arrêt des négociations

Les séances de négociation entre le Canada et les États-Unis dans le dossier du bois d'oeuvre prévues la semaine prochaine, à Ottawa, n'auront pas lieu. Toujours aussi en colère après que les Américains eurent choisi d'ignorer le cinglant désaveu que leur a infligé la semaine dernière le tribunal de l'ALENA, les Canadiens ont fait savoir qu'ils voulaient désormais prendre le temps de réfléchir sur leur conduite future dans ce dossier, ainsi que sur l'avenir du traité commercial.

«À la suite de discussions avec les gouvernements provinciaux et à la lumière de la réponse des États-Unis à la décision du Comité de contestation extraordinaire de l'ALENA rendue le 10 août dernier, le gouvernement du Canada a décidé de ne pas prendre part aux négociations qui devaient se tenir la semaine prochaine, a annoncé hier par voie de communiqué le ministre canadien du Commerce international, Jim Peterson. Le gouvernement poursuivra ses consultations avec les intéressés du secteur de l'industrie et nous évaluerons toutes les options possibles afin de promouvoir les intérêts du Canada dans ce différend de longue date. Je prendrai le temps qu'il faut pour consulter mes collègues des provinces et du conseil des ministres afin de définir les prochaines étapes.»

Le ministre canadien a personnellement avisé de sa décision par téléphone le représentant américain au Commerce, Rob Portman. Ce dernier se serait alors dit déçu, rapporte-t-on à Ottawa. Washington n'a fait aucun commentaire officiel.

On prend bien soin, au ministère de Jim Peterson, de préciser que ce geste ne signifie pas que le Canada ne reviendra pas éventuellement à la table de négociation, sans toutefois donner d'indice sur le moment où cela pourrait se produire. La décision, expliquent ses hauts responsables, traduit simplement le peu d'intérêt des milieux concernés au pays de poursuivre des discussions avec un partenaire qui montre aussi peu de respect à l'égard des règles et décisions de l'institution servant de cadre à l'ensemble des échanges commerciaux en Amérique du Nord.

Appel à George Bush et au Mexique

Les prochaines semaines serviront à explorer l'ensemble des moyens susceptibles de forcer la main aux Américains, explique-t-on. On promet d'ores et déjà d'augmenter la pression politique.

Le premier ministre Paul Martin s'apprêterait à passer un coup de fil au président George Bush pour le presser d'agir en faveur d'un changement d'attitude de son pays.

Ottawa songerait aussi sérieusement à inviter le troisième pays membre de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), le Mexique, à se mêler à son tour du dossier au nom de la défense du traité. La tenue prochaine, au Mexique, de la réunion annuelle des ministres du Commerce des trois pays membres de l'ALENA en donnerait l'occasion.

Souvent invoquées depuis la semaine dernière, les demandes du Canada auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) de la permission d'avoir recours à des représailles commerciales contre les États-Unis ont été faites en février et devraient connaître leurs réponses dans les prochains mois. Sur le front juridique, de nouveaux recours ont été entrepris devant la Cour américaine du commerce international en plus de ceux déjà en cours devant les tribunaux de l'ALENA et de l'OMC.

La décision d'hier a fait des heureux auprès des représentants de l'industrie québécoise du bois d'oeuvre. Le Conseil de l'industrie forestière du Québec avait demandé, en effet, lundi un report des négociations de la semaine prochaine. «C'est une sage décision», a commenté son directeur du commerce international, Marc Boutin.

De toutes les nouvelles mesures qui pourraient être déployées pour aider la cause canadienne dans le conflit, la plus urgente lui semble être une plus grande implication des dirigeants politiques des deux pays. «Depuis les quatre ans que cela dure, l'aspect juridique a pris le dessus, déplore-t-il. On ne semble pas réaliser que c'est l'avenir de l'ALENA qui est en jeu. Si l'on cède aux Américains dans ce dossier, le problème s'étendra à tous les domaines dans lesquels on a des échanges entre les deux pays. La résolution du conflit du bois d'oeuvre doit devenir une priorité nationale.»

Le Canada croyait bien, mercredi dernier, avoir finalement obtenu devant l'ALENA la victoire juridique capable de clouer le bec aux Américains dans le dossier du bois d'oeuvre. Au terme d'une longue procédure faite de victoires canadiennes et de demandes américaines d'appels, un groupe extraordinaire d'experts réfutait catégoriquement et à l'unanimité la preuve des dommages dont les producteurs américains se disaient victimes, enlevant, par le fait même, toute justification aux sanctions imposées par les États-Unis depuis plus de trois ans et totalisant cinq milliards. Censée être exécutoire, la décision a toutefois été immédiatement contestée par Washington, qui dit appuyer, depuis l'automne dernier, ses allégations sur une nouvelle preuve.

De l'aide en attendant

Se disant durement éprouvée, non seulement par les sanctions américaines mais aussi par l'augmentation au Québec des droits de coupe et la réduction du volume de bois disponible décidée dans la foulée du rapport Coulombe, l'industrie forestière québécoise en appelle aussi à l'aide des gouvernements en attendant que le conflit avec les États-Unis se règle. Cette aide pourrait prendre la forme de garanties financières sur les dépôts imposés depuis quatre ans sur leurs exportations de bois d'oeuvre aux États-Unis. Mais elle pourrait aussi prendre d'autres formes.

«Les idées de mesures d'atténuation ne manquent pas, dit Marc Boutin. Le problème, c'est que l'on n'en voit aucune mise en place pour le moment.»