Friede, Liz, Madeleine, Susanne, dames de fer de l'économie allemande

Francfort — Elles s'appellent Friede Springer, Liz Mohn, Madeleine Schickedanz et Suzanne Klatten. Milliardaires après un beau mariage ou riches héritières, elles jouent un rôle majeur dans les hautes sphères de l'économie allemande, où les femmes peinent généralement à se faire une place.

Le récent rachat du groupe de télévision ProSiebenSat.1 par l'éditeur Axel Springer, pour plus de quatre milliards d'euros, n'aurait jamais vu le jour sans le feu vert de Friede Springer, actionnaire majoritaire du groupe.

Susanne Klatten serait de son côté à l'origine de la scission programmée du groupe de chimie-pharmacie Altana, dont elle détient plus de 50 %. L'opération doit selon la presse permettre à la femme la plus riche d'Allemagne, avec sa fortune estimée à 7,5 milliards d'euros, d'organiser au mieux sa succession.

Même Madeleine Schickedanz, surnommée «la milliardaire craintive», fait désormais parler d'elle en augmentant jour après jour sa participation dans le groupe de grands magasins KarstadtQuelle. Objectif selon certains analystes: démanteler et revendre le groupe...

Quant à Liz Mohn, on lui prête une influence considérable sur les destinées du géant des médias Bertelsmann, fondé voilà cinq générations par la famille de son mari, Reinhard Mohn, aujourd'hui retiré des affaires. Elle aurait joué un rôle décisif dans l'éviction en 2002 du flamboyant patron Thomas Middelhof, trop versé à son goût dans les nouvelles technologies et à qui elle aurait sèchement signifié son renvoi au téléphone: «Thomas, ça ne va plus».

Aujourd'hui interchangeables avec leurs impeccables brushing, leurs tailleurs bien coupés et leurs oeuvres de charité, ces quatre dames de fer ont pourtant connu des destinées très différentes.

D'un côté, les héritières Madeleine Schickedanz1 et Susanne Klatten. La famille de la première a fondé le catalogue Quelle, bien connu de tous les Allemands.

Susanne Klatten, seule Allemande à figurer au classement des «Femmes les plus influentes du monde» du magazine Forbes, est quant à elle née Quandt, richissime dynastie industrielle qui est notamment l'actionnaire historique du constructeur BMW.

De l'autre côté, les «contes de fées», comme les journaux allemands les aiment: les histoires de Friede Springer et Liz Mohn.

Pour Friede Riewerts, tout commence en 1965 par une petite annonce de recrutement pour une garde d'enfant. La jeune fille est engagée par le magnat des médias Axel Springer, de trente ans son aîné. Elle devient sa cinquième femme en 1978, et hérite de son empire, alors en piteux état, en 1985. À la surprise générale, l'épouse effacée se révèle une veuve intraitable: elle tient tête aux autres héritiers ainsi qu'aux concurrents, et rachète progressivement les parts perdues dans le groupe Springer, pour en retrouver la majorité en 2002.

Liz Mohn a un destin comparable: à l'âge de 17 ans, secrétaire au sein du groupe Bertelsmann, elle rencontre le patron Reinhard Mohn, 37 ans, lors d'une fête d'entreprise. Cet homme marié finira par en faire sa deuxième épouse après plus de vingt ans de liaison.

L'influence de ces quatre femmes, bien que considérable, se limite aux coulisses: aucune d'entre elles n'a le titre de «patronne». Rien d'étonnant en Allemagne, lanterne rouge en Europe pour la représentation des femmes aux postes de responsabilité dans les entreprises, en raison des difficultés à concilier travail et famille.

Les Allemandes sont au contraire assez bien représentées en politique, à l'image d'Angela Merkel, candidate de l'opposition conservatrice à la chancellerie.