Pétrole - L'Angola bientôt dans la cour des grands

Londres — Le pétrole cher ne fait pas que des malheureux hors producteurs. Avec son vaste potentiel offshore l'Angola, un pays autrefois sans avenir, a déjà séduit les géants pétroliers et ceux-ci ne lésinent pas sur les dépenses dans ce pays encore très pauvre d'Afrique, promettant d'en faire l'un des plus gros producteurs d'or noir au monde d'ici trois ans.

Deuxième producteur d'Afrique sub-saharienne derrière le Nigeria, l'Angola devrait quasiment doubler sa production de pétrole d'ici trois ans, pour atteindre deux millions de barils par jour (mbj) en 2008, selon le cabinet de consultants en énergie britannique Wood MacKenzie. Ce pays devancerait alors la production actuelle de cinq pays de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), l'Algérie, la Libye, l'Indonésie, le Qatar et l'Irak. Et il se retrouverait juste derrière les trois producteurs moyens du cartel dont l'offre avoisine

2,5 mbj: le Koweït, le Nigeria et les Émirats arabes unis.

Luanda exporte déjà en masse vers les États-Unis, la Chine et la France. «Quand on y repense, il y a vingt ans, il n'y avait pratiquement pas de production», observe Catriona Boggon, consultante au cabinet. «Toute cette croissance de la production vient des découvertes en eaux profondes réalisées depuis la fin des années 1990», explique-t-elle.

Mais ce succès a un prix. Les gisements les plus riches en pétrole se situent en eaux «ultra-profondes», à plus de 1500 mètres de profondeur, ce qui rend leur exploitation à la fois coûteuse, technique et risquée.

Alors que les prix du pétrole caracolent à des records historiques, à plus de 65 $US le baril, le secteur prévoit d'investir au moins 20 milliards de dollars sur les multiples champs récemment découverts au large des côtes angolaises, selon la Société nationale des hydrocarbures (Sonal) angolaise.

Le britannique BP projette ainsi d'investir plus de sept milliards dans ce pays ravagé par 27 ans de guerre civile, et l'américain ExxonMobil compte dépenser environ 10 milliards, selon leur

porte-parole joint par l'AFP. Chevron a promis une série de projets offshore de plus de 1 milliard au cours des prochaines années.

Ce dernier est le premier producteur en Angola, avec près de la moitié de l'offre du pays, soit 450 000 barils par jour. Il possède notamment la région riche en hydrocarbures de Cabinda, en eaux peu profondes.

Jeudi, BP a annoncé la découverte d'un huitième gisement dans les eaux très profondes du Bloc 31, exploité par un consortium qu'il dirige. D'après l'un des partenaires de BP, l'américain Marathon, ces champs devraient fournir leur premier pétrole vers 2010.

Selon Wood MacKenzie, chacun de ces champs possède environ 150 millions de barils de pétrole. Au total, les réserves pétrolières angolaises sont estimées à 12 milliards de barils.

BP commencera à produire en 2007 avec l'entrée en exploitation du Bloc 18, d'une capacité de

500 000 barils par jour. Quant à ExxonMobil, il a lancé en début d'année la production sur le vaste champ de Kizomba, sur le Bloc 15.

«Nous sommes très optimistes au sujet de l'Angola et y avons de vastes opérations depuis 2003. Il y a beaucoup de pétrole là-bas, c'est un pays aux ressources très prolifiques», a indiqué à l'AFP un porte-parole d'ExxonMobil.

Le français Total, premier producteur d'Afrique, est également très présent en Angola où il pompait 170 000 barils par jour en 2004, grâce au champ géant de Girassol sur le Bloc 17, dont le lancement trois ans plus tôt avait coûté 2,8 milliards. Le champ de Dalia, d'un coût de plus de 3 milliards, devrait produire plus de 200 000 barils par jour à partir de la mi-2006.

Avec le retour de la paix en Angola, les compagnies pétrolières envisagent aussi de reprendre la production onshore et d'exploiter les vastes ressources gazières.

Mais c'est l'Afrique tout entière qui séduit aujourd'hui les géants pétroliers, car elle devrait produire 6 mbj d'ici 2020, soit 6 % de l'offre mondiale.