Industrie automobile: la menace chinoise

Dans le contexte actuel, où personne ne semble être en mesure d'estimer le prix plafond du baril de pétrole, les dirigeants des grands constructeurs automobiles subissent le contrecoup de la mondialisation. Nous vivons sur une planète de plus en plus petite, et la rareté de certaines ressources vient perturber les ambitions de croissance des grandes corporations. C'est le cas avec le pétrole mais aussi avec l'acier, dont les prix ont augmenté de plus de 40 % au cours des 18 derniers mois.

Le développement effréné de l'économie chinoise n'est pas étranger à la situation complexe et paradoxale avec laquelle doivent composer les fabricants de voitures. Une situation qu'ils ont d'ailleurs contribué à créer. Le marché automobile américain est la vache à lait des constructeurs du monde entier, mais l'augmentation rapide des prix du pétrole les force à réviser à la hâte leurs gammes de produits futurs. Les consommateurs modifient leurs habitudes d'achat, et le lucratif marché des camions utilitaires y est en perte de vitesse.

Trop forte demande = déstabilisation du marché mondial

La plupart de ces constructeurs sont aussi présents sur le marché chinois, qui est en pleine expansion. Peu d'entre eux ont cependant trouvé la recette de la rentabilité là-bas. Si les chiffres de leurs ventes leur font bomber le torse, les profits engendrés par ces opérations, quand il y en a, ne leur permettent pas vraiment d'arrondir leurs fins de mois. Il s'y est vendu plus de 2,5 millions de voitures de tourisme l'an dernier et l'on estime que la demande pour des automobiles croîtra de 10 à 15 % par an. On estime aussi que plus de 150 millions de Chinois font partie de la classe moyenne qui aspire à posséder une voiture. Des chiffres qui donnent le vertige.

Mais, car il y a un mais, toutes ces voitures fonctionnent à l'essence, et il n'est pas certain que l'infrastructure mondiale soit prête à encaisser le choc d'une telle augmentation de la demande. De plus, la Chine est déterminée à se doter de réserves stratégiques équivalentes à trois mois de consommation nationale en pétrole pour se mettre à l'abri des fluctuations du marché. Si, avant 1993, la Chine était autonome sur le plan pétrolier, sa consommation de pétrole brut grimpe de près de 6 % annuellement depuis lors. Et puisque la Chine doit importer une partie de son pétrole, elle achète tout ce qu'elle peut sur les marchés mondiaux, ce qui cause une flambée des prix. Pour parvenir à leurs fins, les Chinois ont même tenté, en juin, de mettre la main sur le pétrole américain de la compagnie Unocal, par le biais de CNOOC, le troisième groupe pétrolier public chinois.

Puisque l'État chinois a imposé aux constructeurs automobiles désireux de s'implanter dans leur pays de former des partenariats avec des groupes industriels locaux, d'importants transferts de technologie ont eu lieu. Et les constructeurs chinois apprennent vite! Ils exporteront déjà des voitures en Amérique du Nord d'ici 2007, affaiblissant ainsi encore plus la situation déjà précaire des constructeurs occidentaux.

Ainsi, la conversion des Chinois de cyclistes à automobilistes est en train de modifier durablement le paysage industriel mondial.

Collaborateur du Devoir

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