Vache folle - Les États-Unis rouvrent leurs frontières aux importations de boeuf canadien

Washington — Le secrétaire américain à l'Agriculture a annoncé hier soir la réouverture de la frontière américaine au boeuf canadien. La décision entrait en vigueur sur le champ.

La voie avait été ouverte un peu plus tôt dans la journée à Seattle, où la Cour d'appel fédérale américaine avait annulé une injonction interdisant la levée de l'embargo sur les importations de bovins de moins de 30 mois du Canada.

Les autorités américaines sont déjà en contact avec l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) pour préparer la certification du bétail destiné à l'exportation, a dit le secrétaire américain, Michael Johanns. «Parce que la décision du tribunal prend effet immédiatement, nous appliquons tout de suite les mesures pour reprendre les importations de bétail de moins de 30 mois provenant du Canada», a-t-il déclaré.

La ministre manitobaine de l'Agriculture, Rosann Wowchuk, a affirmé qu'il y aurait encore quelques modalités à régler. «Je ne crois pas que les camions vont recommencer à circuler dès demain, a-t-elle dit. Mais il s'agit d'une excellente nouvelle pour les producteurs bovins du Canada.»

Le juge Richard Cebull, de Billings, au Montana, avait accordé l'injonction au début de mars au groupe de pression américain R-CALF, qui prétendait que le cheptel canadien représentait un risque de contamination à l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) si on permettait son entrée aux États-Unis.

Devant les trois juges de la Cour d'appel à Seattle, l'avocat du gouvernement américain avait argué que pour obtenir l'injonction, R-CALF avait présenté des arguments scientifiques fallacieux et exagérés.

«Leur évaluation du risque a présumé le pire», avait déclaré Mark Stern, l'avocat du département américain de l'Agriculture. Selon Me Stern, les experts de R-CALF ont tenu pour acquis que d'autres cas d'animaux atteints d'ESB seront découverts au Canada, qu'ils échapperont aux inspecteurs canadiens, traverseront la frontière sans être détectés, échapperont ensuite aux inspecteurs américains et entreront de façon illégale dans la chaîne alimentaire des bovins américains. «Ils présument de l'incompétence de toutes les parties impliquées», avait ajouté l'avocat.

Nouvelle demande d'injonction, le 27 juillet

L'embargo devait être levé au début de mars lorsque le juge Cebull a accordé l'injonction à R-CALF. Le juge Cebull doit encore statuer le 27 juillet sur la demande de R-CALF de rendre cette injonction permanente, voire de l'imposer à d'autres produits de boeuf canadiens qui échappent actuellement à l'embargo.

L'organisation R-CALF, qui représente environ le quart des éleveurs de bovins américains, dénonce depuis des années le «monopole» exercé par le département de l'Agriculture et la majorité des intervenants de l'industrie du boeuf sur les prix et les politiques de sécurité. R-CALF soutient que le département de l'Agriculture, sous la pression des abattoirs américains et de leurs alliés, a illégalement modifié ses règlements pour permettre la réouverture de la frontière américaine au boeuf canadien.

Les producteurs canadiens n'en ont guère eu à dire jusqu'ici dans le débat en cours aux États-Unis. La Cour d'appel a d'ailleurs pris en délibéré mercredi leur demande pour pouvoir présenter des arguments devant le juge Cebull lors de l'audience prévue du 27 juillet.

L'industrie canadienne du boeuf estime ces pertes dans cette affaire à environ sept milliards.

L'embargo contre les importations de boeuf canadien a été imposé après la découverte d'une première vache atteinte d'ESB, le 20 mai 2003 en Alberta. Depuis, trois autres animaux ont été testés positifs à la maladie au Canada et un autre dans l'État de Washington, qui provenait également du Canada.

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