Maintien du taux de base - La Banque du Canada se fait prudente

Rattrapé par le ralentissement de l'économie américaine, la Banque du Canada a choisi la voie de la prudence en maintenant hier matin son taux cible du financement à un jour à 2,75 %. Son taux d'escompte officel reste quant à lui à 3 %.

«Les perspectives à court terme pour les États-Unis et les autres grands pays d'outre-mer semblent s'être assombries quelque peu», peut-on lire d'entrée de jeu dans le communiqué émis par le gouverneur de la Banque du Canada, David Dodge. «L'incertitude associée à la volatilité des marchés financiers mondiaux et la conjoncture géopolitique s'est aussi accentuée.»

L'organisme souligne cependant que l'économie canadienne est restée «vigoureuse» au deuxième trimestre de l'année. «L'expansion plus rapide que prévu de la demande intérieure au Canada se poursuit, alimentée par la forte détente monétaire présente au sein de l'économie.» De même, l'inflation mesurée par l'indice de référence et par l'indice des prix à la consommation établie en juillet est restée conforme aux prédictions de la banque.

C'est donc des éléments extérieurs qui ont dicté le comportement de la Banque du Canada. Il faut se rappeler qu'à la mi-août, la Réserve fédérale américaine a abandonné son approche neutre en admettant les risques d'une récession. Ce faisant, elle entrouvre la porte à une éventuelle baisse de son taux cible du financement à un jour, qui est actuellement à 1,75 %.

«La divergence entre notre taux et le taux américain devenait trop grande. Il fallait regarder ce qui se passe à l'étranger, surtout compte tenu de l'importance de nos exportations vers les États-Unis», explique François Dupuis, chef économiste adjoint et stratège au Mouvement Desjardins. «On peut se démarquer, mais pas de façon forte ou évidente sur une longue période. Près de 85 % de nos exportations se font vers les États-Unis. Si ce pays subit un ralentissement, on ne peut pas aller à l'opposé très longtemps.»

En plus de nos voisins, l'économie de l'Allemagne et celle du Japon montrent des signes de faiblesse. La possibilité d'une attaque contre l'Irak et la guerre déclarée contre le terrorisme à la suite du 11 septembre 2001 affectent également l'économie mondiale. «Il y a aussi beaucoup de turbulence sur les marchés financiers. Les investisseurs sont moins confiants, les gens dépensent moins. Il est normal que les banques centrales se montrent prudentes», insiste M. Dupuis.

L'expert souligne également que la Banque du Canada pouvait se permettre d'agir de la sorte puisque l'inflation est sous contrôle. «Il y avait un risque car on prévoyait une croissance plus forte qui aurait entraîné une hausse de prix trop élevée. Comme ce ne fut pas le cas, ça lui donne une marge de manoeuvre.»

Dès l'annonce de la Banque du Canada hier matin, le dollar canadien a perdu 52 centièmes sur les marchés de change. Il a finalement clôturé la journée en baisse de 61 centièmes à 63,81 ¢. «À très court terme, cela arrive souvent qu'on enregistre une baisse car les marchés avaient anticipé une hausse du taux cible», souligne François Dupuis.

Ainsi, les investisseurs ont donc vendu leurs devises canadiennes en fonction d'un nouveau scénario. «Les marchés se sont trompés et ils se sont repositionnés en se disant qu'il n'y aura peut-être pas de hausse du taux cible au cours des prochaines semaines ou des prochains mois.»

La Banque du Canada établira son prochain taux directeur le 16 octobre.