Gagner pour vendre

La semaine du Grand Prix du Canada, c'est l'occasion de célébrer la performance automobile sous toutes ses formes. Un peu comme pour les taureaux de Pampelune, ici ce sont des bolides à quatre roues qui sont lâchés dans nos rues, poursuivis par une implacable caravane publicitaire.

Ce festival de la vitesse est une source de bonheur intense pour ceux qui s'agglutinent dans les gradins de l'île Notre-Dame ou qui fréquentent le voisinage de la rue Crescent le soir venu. D'autres, par contre, sont affligés d'un malaise provoqué par tout ce tapage, tant sonore que visuel, et par tout ce pétrole sacrificiel, brûlé en vain pour contenter les dieux du sport automobile. Sans compter les vendeurs du temple, rendus frénétiques par tout ce fric, qui exhibent voitures rutilantes et filles court vêtues pour profiter de la manne et écouler leur camelote.

La situation est telle que même des amateurs de course automobile endurcis regrettent l'époque où les exploits sportifs de pilotes héroïques avaient préséance sur ce capitalisme sauvage. Un mercantilisme vulgaire que l'on tente de nous faire passer pour la quintessence du chic et du jet-set.

Passion

Mais si le sport automobile fait rêver, il fait aussi vendre des voitures. Car, comme le dit l'adage, «win on Sunday, sell on Monday» (la victoire du dimanche aide à conclure la vente du lundi). Et quand il est question de voiture performante, la passion fait souvent fuir la rationalité des acheteurs — aidés en cela, il faut l'avouer, par une certaine dose de narcissisme.

D'ailleurs, l'étiquette de «sport» aide à faire mousser les ventes d'à peu près n'importe quel produit. Les constructeurs n'hésitent donc pas à l'apposer sur des véhicules qui n'ont aucune caractéristique le moindrement sportive, des fourgonnettes ou des utilitaires, par exemple. Ainsi bardés d'autocollants, de grosses roues en alliage et d'appliques en fausse fibre de carbone, ces camions travestis font recette auprès d'automobilistes qui auraient certainement rêvé de conduire autre chose.

Tour de piste

Profitant de cette semaine du sport automobile, nous avons décidé de vous présenter une brochette non pas de substituts, mais d'authentiques voitures de sport. De tous les genres et pour tous les budgets, car la performance automobile peut prendre plusieurs formes. Dans une voiture de grand luxe, comme la Bentley Continental GT, les accélérations prodigieuses, le freinage époustouflant et la tenue de route impériale ne sont que quelques aspects qu'impose son pedigree aristocratique, auxquels s'attendent forcément les clients de la marque. Mais il serait surprenant que quelqu'un songe à conduire une voiture de ce prix pour en exploiter le plein potentiel. Il s'agit ici d'user du pouvoir d'évocation plutôt que d'étaler la puissance réelle de la voiture.

À l'opposé, la Porsche Carrera GT est conçue pour la performance pure, sans aucun compromis. Tout aussi radicale mais plus accessible, tant par son prix que par ses demi-portes arrière à ouverture inversée, la Mazda RX-8 est une solution de rechange intéressante à une berline sport, qu'apprécieront les amateurs de conduite sportive «purs et durs». La Audi TT et la Chrysler Crossfire sont, avant tout, de beaux objets de design. Sans renier leur vocation sportive, ces deux petits coupés, qui sont aussi offerts en version cabriolet, tentent une sorte de réconciliation entre le plaisir des yeux et le plaisir de la conduite. Et, enfin, la dernière incarnation de la Volkswagen Golf GTI, une version vitaminée de la Golf dont la première génération, lancée en 1976, aura permis de démocratiser la conduite sportive. En digne héritière spirituelle des Mini Cooper 1300 des années 1960, la Golf GTI aura aussi permis de convaincre le grand public que performances et roues motrices avant pouvaient faire bon ménage.

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