Chrysler Crossfire - Gentil cabriolet ou méchant coupé?

Avant que la 300C ne vienne régler bien des problèmes d'image pour Chrysler, cette marque se cherchait un vaisseau amiral capable de la hisser, à nouveau, vers le territoire du haut de gamme qu'elle occupait auparavant.

Bien avant d'être la voiture de production que l'on connaît maintenant, la Crossfire fut aussi une voiture concept qui a séduit les foules. Mais, avant tout, cette voiture est un outil de marketing pour la marque Chrysler. Au-delà de ses formes spectaculaires, on est en droit de se demander si la Crossfire est une véritable voiture de sport, sérieuse et crédible. Ou si elle n'est seulement qu'un joli «char de fille», l'appellation péjorative que l'on réserve habituellement à ces voitures très jolies mais qui ne remplissent pas leurs promesses sur le plan des performances.

Noir ou blanc?

En effet, la Crossfire est difficile à cerner, car elle change radicalement de personnalité, selon la couleur choisie pour son intérieur ou selon que l'on opte pour le moteur atmosphérique ou le moteur à compresseur de la version SRT6. L'ambiance de l'habitacle, lorsqu'il est tendu de noir, est dans un registre très masculin et germanique, comme c'est devenu la norme dans de nombreuses voitures de luxe. En blanc ivoire, par ailleurs, on croit avoir affaire à la voiture de Barbie. C'est lumineux, un peu frivole et très californien comme atmosphère. Il ne manque que les palmiers et Hollywood Boulevard.

Bien qu'agréable, l'habitacle de la Crossfire est plutôt étroit et l'espace est compté. La finition est inégale et il est malheureux que certains détails mal résolus viennent nuire à la crédibilité de la voiture: on se surprend fréquemment à tordre le levier du régulateur de vitesse, très mal situé, au lieu d'actionner les clignotants, il n'y a pas de réglage pour les essuie-glaces intermittents et vous devrez ouvrir la portière pour avoir accès aux réglages de votre siège. Et la finition «plastique argenté» de la console centrale n'a pas sa place dans une voiture de ce prix.

Chrysler ou Mercedes?

Fruit de la collaboration entre les deux principales marques du groupe DaimlerChrysler, la Crossfire est assemblée à Osnabrück, en Allemagne, par Karmann, un sous-traitant de Mercedes-Benz spécialisé dans les petites séries. La plateforme mécanique est celle de la Mercedes SLK de la génération précédente. En plus du coupé, qui porte extrêmement bien son nom avec sa chute de rein précipitée et sa ligne audacieuse, la Crossfire est aussi offerte en version cabriolet dont le toit se rétracte, son panneau occupant alors plus de la moitié du volume du coffre déjà minuscule. Le dessin du cabriolet est plus dynamique et mieux proportionné que celui du coupé, surtout avec le toit souple relevé. L'empattement court de la Crossfire, sa voie large, sa ceinture de caisse élevée ainsi que ses formes sculpturales lui confèrent une présence unique.

La faiblesse de la Crossfire est son paresseux V6 de 3,2 litres qui produit 215 chevaux poussifs, ce qui est à peine suffisant pour une conduite un tantinet inspirée. En plus de son manque d'enthousiasme, la sonorité de l'échappement de ce moteur pourrait avoir plus de noblesse. Sa suspension fait preuve de fermeté, sans être sèche ou inconfortable, à moins que le revêtement ne soit fortement dégradé. La direction est très précise, mais on sent que la Crossfire n'aime pas se faire pousser dans ses derniers retranchements.

Musclée ou pas?

Pour remédier à cette situation, Chrysler a créé la version SRT6 de la Crossfire. En ajoutant un compresseur volumétrique, qui provient directement de la Mercedes C32 AMG (comme par hasard!), et en révisant entièrement la suspension et le freinage, ils ont redonné vie à cette voiture. Ainsi équipée, la SRT6 voit sa puissance croître de plus de 100 chevaux et le couple du moteur est réparti de façon beaucoup plus égale. En plus, l'échappement de la SRT6 possède un timbre qui fera tourner autant de têtes que la carrosserie.

Le surcroît de puissance dont elle dispose confère à la SRT6 un tempérament beaucoup plus combatif et survireur. Le freinage est simplement époustouflant mais, avec un empattement aussi court, il faut rester vigilant lors des freinages appuyés. Alors que la Crossfire régulière est dotée d'un aileron arrière rétractable qui se déploie automatiquement, la SRT6 opte pour un aileron fixe beaucoup plus imposant, mais qui fournit plus d'appui en virage.

Difficile donc de se faire une idée précise de la personnalité de la Crossfire. Authentique voiture de sport aux performances brutales ou «boulevard cruiser» conçu seulement pour jouer les m'as-tu-vu par un beau dimanche ensoleillé? Ce sera à vous d'en décider, car, en fonction des options que vous cocherez, vous pourrez commander la Crossfire de Ken ou celle de Barbie.

FICHE TECHNIQUE

CHRYSLER CROSSFIRE

- Moteur : V6 3,2 litres

- Puissance : 215 ch

- 0 à 100 km/h : 6,3 secondes

- Vitesse maximale : 225 km/h

- Consommation : 11,3 L/100 km

CROSSFIRE SRT6

- Moteur : V6 3,2 litres

- Puissance : 330 ch

- 0 à 100 km/h : 5,2 secondes

- Vitesse maximale : 254 km/h

- Consommation : 13,7 L/100 km

- Échelle de prix : 39 995 $ à 66 325 $ (Cabriolet SRT6)

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