La voiture de sport est-elle une espèce menacée ? - L'automobile aurait «atteint les frontières de l'absurdité»

Depuis son invention, l'automobile a toujours été indissociable de la compétition. Dès le début du siècle dernier, des voitures à vocation sportive étaient conduites par des pilotes professionnels, lors de diverses épreuves, ce qui avait pour objectif de faire croître la renommée du constructeur qui y engageait ses voitures. De tout temps aussi, des amateurs fascinés par la vitesse se procuraient ces voitures performantes pour participer à des courses ou, plus souvent, afin d'être vus au volant de tels bolides.

Au-delà de la technique automobile, le culte de la performance engendre et soutient une véritable culture parallèle. Une «philosophie», comme on dit à l'ouest du boulevard Cavendish. Et cela se renouvelle à chaque génération, en mutant pour s'adapter à ce que propose l'industrie (à moins que ce ne soit l'inverse?). Que ce soit le Hot Rod, les muscle cars, le tuning ou, la dernière mode, le drifting, la performance automobile change de forme, mais la passion reste la même.

Tels les rites de passage des sociétés tribales, les modifications, toujours très codifiées, de leurs automobiles permettent à de nombreux jeunes adultes de se situer dans le monde où ils vivent. Heureusement, le resserrement des normes de sécurité a réduit la mortalité sur les routes. Nous ne sommes plus à l'époque du début des années 1970, quand cette belle jeunesse, avide de sensations fortes, allait massivement s'encastrer dans les lampadaires, avec la détermination d'un troupeau de lemmings courant vers la falaise.

Malgré des décennies de réprobation, de répression et de propagande, cette fascination des jeunes pour la vitesse, la performance et les courses clandestines est toujours bien vivace. Probablement parce que les autorités n'ont pas encore compris que ce n'est pas la vitesse qui tue, mais plutôt le manque de jugement, ainsi que le manque d'expérience et de formation appropriée.

Une affaire de fille ?

Aujourd'hui, par ailleurs, l'attrait pour l'automobile n'est plus une affaire exclusivement masculine. De nombreux analystes de l'automobile vous le confirmeront: les filles qui ont grandi avec les Spice Girls, la génération des 15-22 ans, sont aussi intéressées et informées sur l'automobile que les garçons du même âge.

La très belle — et très médiatisée — quatrième place de Danica Patrick aux 500 milles d'Indianapolis, il y a dix jours, n'est pas un signe précurseur, mais plutôt la confirmation d'une tendance. Sans être la première femme à atteindre les hautes sphères de la course automobile, elle est certainement la première à pouvoir véritablement prétendre à une carrière fructueuse. Et, ce qui n'est pas pour lui nuire, Danica Patrick est un véhicule idéal pour les commanditaires.

La voiture citoyenne

Mais des voix s'élèvent pour que les constructeurs cessent de construire des voitures à vocation sportive et elles réclament la venue de ce qu'ils nomment «la voiture citoyenne». Chantal Perrichon, chercheure au CNRS, en France, et présidente de la Ligue contre la violence routière, affirme que l'automobile a «atteint les frontières de l'absurdité» et qu'«opérer une rupture totale avec ce qui est communément considéré aujourd'hui comme une "belle voiture" n'est donc pas seulement une urgence écologique, c'est aussi une urgence sanitaire».

Cela vous paraît utopique? Attendez la suite: Michael Robinson, l'ancien directeur du design du groupe Fiat, croit pour sa part que, d'ici vingt ans, conduire soi-même sa voiture sera perçu comme un acte antisocial grave. Selon lui, l'informatique prendra le relais, et, pour notre sécurité et notre confort, nous n'aurons plus à nous acquitter de cette tâche hasardeuse qu'est la conduite. Celui qui tiendra lui-même son volant sera vilipendé par les autres usagers de la route, comme peut l'être un fumeur, aujourd'hui, quand il expose ses voisins de table, ou ses collègues de travail, à la menace de sa fumée secondaire. Toujours selon Robinson, la conduite sportive deviendra alors une activité pratiquée exclusivement sur des circuits de course, entre adultes consentants, un peu comme ce que sont devenus les sports équestres au cours du XXe siècle.

Un V8 à l'hydrogène

S'il est des gens pour prédire la fin des voitures sportives, les constructeurs automobiles, eux, semblent déterminés à défier le sort, en créant des modèles toujours plus performants. En faisant fi du contexte géopolitique actuel, avec le prix du baril de pétrole qui n'est pas près de baisser, plusieurs d'entre eux s'affairent à concevoir une toute nouvelle génération de moteurs V8. Ces nouveaux moteurs, dont la cylindrée n'excédera pas 2,4 litres pour que leur technologie soit conforme aux réglementations qui seront bientôt adoptées en F1, en IRL ainsi qu'en NASCAR, pourront même trouver place sous le capot de voitures sous-compactes, aujourd'hui mues par de petits moteurs à quatre cylindres.

Mais gageons que les équipes de conception qui planchent sur ces moteurs élaborent déjà des scénarios pour faire tourner leurs nouvelles créations grâce à des carburants alternatifs et propres, tels l'éthanol, l'hydrogène ou les dérivés du gaz naturel. Tous ces carburants sont parfaitement compatibles avec le moteur à combustion tel que nous le connaissons.

Ainsi, même si les réserves pétrolières se tarissent, il serait peu probable que l'esprit compétitif des automobilistes suive la même tendance, et ce, malgré les discours sécuritaires et écologistes. On peut faire évoluer les mentalités, mais on ne change pas la nature humaine. Et la compétition fait partie de notre nature, c'est Darwin qui l'a dit.

Collaborateur au Devoir

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