Apple choisit les puces d'Intel

Le p.-d.g. d’Apple, Steve Jobs, a confirmé hier les informations qui circulaient dans la presse américaine: son association avec IBM prend fin, et les ordinateurs Mac seront dès l’année prochaine équipés de puces Intel.
Photo: Agence Reuters Le p.-d.g. d’Apple, Steve Jobs, a confirmé hier les informations qui circulaient dans la presse américaine: son association avec IBM prend fin, et les ordinateurs Mac seront dès l’année prochaine équipés de puces Intel.

New York — Apple, le fabricant d'ordinateurs et de logiciels MacIntosh, a choisi d'abandonner IBM, son fournisseur de longue date de puces, pour se tourner vers son concurrent Intel, provoquant un chamboulement dans le secteur informatique.

«Oui, c'est vrai», a déclaré hier le p.-d.g. d'Apple, Steve Jobs, lors d'un congrès organisé par sa société à San Francisco, confirmant des informations dévoilées par la presse américaine. «Nous allons commencer la transition entre nos processeurs Power PC vers ceux d'Intel à partir de l'année prochaine», a-t-il ajouté. Un changement étendu à la totalité des produits Apple d'ici la fin 2007.

Cette décision, objet de rumeurs récurrentes ces dernières années, traduit un virage stratégique au moins symbolique chez la marque à la pomme, qui équipait ses ordinateurs de puces IBM depuis 1994 et se fournissait également chez Freescale.

«Le monde informatique associe en effet Intel au système d'exploitation Windows de Microsoft, le grand concurrent de Mac», rappelle Élise Bauer, consultant en conseil marketing chez Pacifica.

Déception

Les raisons de ce changement sont plurielles, à commencer par une déception côté Apple, sur fond de lobbying discret d'Intel.

La marque à la pomme aurait en effet été déçue qu'IBM ne parvienne pas à concevoir à temps une puce de nouvelle génération — baptisée G5 —, destinée aux ordinateurs portables au format compact et générant moins de chaleur.

La chaleur est un paramètre crucial pour ces ordinateurs qui, en raison de leur format, disposent de systèmes de ventilation réduits comparés aux ordinateurs classiques.

«Nous avons de très bonnes relations avec IBM, et leurs produits sont très bons. Mais quand nous regardons notre avenir, ce que nous voulons faire est un peu différent, et il s'avère que le plan de route d'Intel est vraiment conforme à ce que nous voulons faire», a expliqué Steve Jobs, sur la chaîne télévisée CNBC.

Ce changement de fournisseur est un camouflet pour les fournisseurs d'Apple sans être une catastrophe: IBM a gagné du terrain ces derniers mois sur un autre créneau porteur, celui des puces pour les consoles de jeux vidéo de nouvelle génération.

«IBM est en train de faire évoluer agressivement ses puces au-delà des ordinateurs, comme l'attestent nos récents contrats avec les fabricants de consoles Sony, Microsoft et Nintendo», a souligné IBM.

Autre élément ayant pesé en faveur d'Intel: une facture moins élevée pour Apple, permettant à ce dernier d'être plus compétitif, notamment face au leader mondial Dell, dont les prix des ordinateurs sont très concurrentiels grâce à leur distribution essentiellement par correspondance.

Cette stratégie comporte toutefois un risque, non encore évalué à ce jour, de voir Apple s'aliéner sa base de clients les plus fidèles, qui ont choisi Apple pour l'alternative que le fabricant représente face à la suprématie Microsoft. «Apple et Intel vont devoir faire un gros travail marketing sur la cohabitation de leurs marques», note Élise Bauer.

Apple compte aussi capitaliser sur le succès éclatant de son baladeur numérique de musique, l'iPod, pour convertir les consommateurs du lecteur de MP3 de poche vers les ordinateurs Mac. Selon une étude récente de Morgan Stanley, cette conversion contribuerait à porter la part d'Apple de 3 à 5 % du marché mondial des ordinateurs en 2005.