Europe - L'euro garde la confiance des grands

Luxembourg — Les grands argentiers européens ont affirmé hier leur confiance dans l'euro et balayé les remises en cause, qualifiées de «stupides», de la monnaie unique par deux membres du gouvernement italien, dans le contexte de crise créé par le rejet franco-néerlandais de la Constitution.

Dès son arrivée à la réunion des ministres des Finances de la zone euro, le premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, président en exercice de l'UE, a minimisé la crise en affirmant qu'il n'était «pas inquiet» pour la monnaie unique. Il a qualifié les suggestions d'un abandon de l'euro lancées par deux ministres italiens «de choses stupides» qui ne méritaient pas d'être discutées.

De son côté, le ministre français des Finances, Thierry Breton, a, dans une déclaration solennelle lue devant ses collègues, réaffirmé l'attachement de la France à l'euro «qui est et restera» sa monnaie. Il a réitéré aussi la volonté de Paris de respecter ses engagements budgétaires du pacte de stabilité, alors que le nouveau gouvernement français entend lancer une «bataille de l'emploi» à la suite du non français motivé avant tout par le chômage de masse. «J'ai réaffirmé sans ambiguïté aucune notre profond attachement à la monnaie commune. L'euro est la monnaie de la France et bien entendu le restera», a-t-il affirmé.

L'euro est en sécurité, «je n'ai aucun doute à ce sujet», a estimé aussi le ministre espagnol des Finances, Pedro Solbes, tandis que son homologue autrichien, Karl-Heinz Grasser, a qualifié d'«irresponsables» les deux ministres italiens, membres du parti populiste de la Ligue du Nord.

L'Allemand Hans Eichel a jugé «absurde» tout ce qu'il avait «lu récemment sur l'euro». Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet avait aussi qualifié la semaine dernière d'absurde l'éventualité d'un abandon de la monnaie unique par un pays membre, qui n'est pas prévue par les traités européens.

Les grands argentiers entendent calmer les marchés financiers alors que les suggestions iconoclastes de deux ministres italiens ont pénalisé la monnaie unique qui s'est déprécié à 1,22 $US, contre 1,25 $US avant le référendum français.

Un tabou brisé

Le tabou de la légitimité de la jeune monnaie européenne a été brisé la semaine dernière par la proposition du ministre italien aux Affaires sociales, Roberto Maroni, d'une double circulation de la lire et de l'euro tandis que son collègue Roberto Calderoli proposait hier la création d'une nouvelle monnaie nationale, la lire, qui serait liée au dollar.

Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, avait rappelé à l'ordre ses deux ministres, se désolidarisant de leurs propositions.

Mais M. Berlusconi est aussi très remonté contre Bruxelles qui va ouvrir aujourd'hui une procédure en déficit excessif contre Rome pour le dérapage de ses déficits au-delà de limite de 3 % du PIB fixée par le pacte de stabilité, alors qu'avec une économie en récession Rome songe à des programmes de relance.

Le ministre italien de l'Économie et des Finances, Domenico Siniscalco, a reconnu hier, à l'issue d'une réunion bilatérale qu'il a eue dans l'après-midi à Luxembourg avec le commissaire aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, qu'il y avait «des divergences» entre eux «sur l'interprétation des chiffres des déficits italiens».

Rome souligne la faible ampleur de son déficit (de 3,1 % en 2003 et 2004 selon une dernière évaluation d'Eurostat) pour échapper à une procédure conformément aux nouvelles règles du pacte de stabilité. Réformé en mars, il permet à un pays dont le déficit est «temporaire et proche de la valeur de référence» d'échapper au blâme.

«Mais le déficit italien n'est pas temporaire», puisqu'il va dépasser en 2005, pour la troisième année consécutive, la limite fixée par le pacte, fait-on valoir de source communautaire.