Le roi du poker en ligne joue gros à la Bourse de Londres

Londres — PartyGaming, numéro un mondial du poker sur Internet, a annoncé jeudi dernier qu'il allait entrer à la Bourse de Londres, en promettant à ses employés une partie de ses gains, à un moment où le secteur des jeux en ligne est en plein boom.

Richard Segal, directeur général du groupe, a refusé de donner des indications sur le prix d'introduction des actions, mais les analystes de Williams de Broe estiment que la société sera valorisée à trois milliards de livres (6,8 milliards de dollars canadiens). Selon eux, un tel montant ferait de cette introduction en Bourse la plus importante à Londres depuis 2001, et ouvrirait à PartyGaming la porte du Footsie-100, l'indice-vedette de la place.

PartyGaming, fondé en 1997 et basé à Gibraltar, est le propriétaire des sites PartyPoker.com, qui contrôle la moitié du marché mondial, ainsi que StarluckCasino.com et PartyBingo.com. Son chiffre d'affaires a doublé au premier trimestre 2005, à 222 millions $US, dont 90 % proviennent du poker en ligne et 80 % des États-Unis.

«La grande différence qu'il y a entre nous et les autres groupes de jeux sur Internet, c'est que nous n'organisons pas de paris sur le sport», a souligné Richard Segal, ancien patron des cinémas Odeon, lors d'une conférence de presse. «Si vous examinez la loi, en particulier aux États-Unis, vous voyez que c'est le bon choix parce que la loi des États y déclare que les paris sur Internet, en dehors du domaine du sport, n'ont rien d'illégal au regard de la loi fédérale», a-t-il ajouté.

Le dirigeant n'a pas jugé nécessaire pour autant de s'introduire à la Bourse de New York, estimant suffisante la demande pour les sociétés de jeux en ligne en Europe et au Royaume-Uni.

Seule une partie du capital de PartyGaming (23 %) sera mise en Bourse, les fondateurs et la direction actuelle du groupe s'étant engagés à céder des titres. Anurag Dikshit, un informaticien indien directeur des opérations depuis 1998, détient à lui seul 40 % du capital.

Parmi les autres actionnaires, on trouve aussi Ruth Parasol, une avocate californienne qui a fait fortune il y a dix ans dans les sites Internet pornographiques. Elle travaille désormais comme consultante du groupe à Gibraltar.

Le groupe, qui emploie plus de 1100 personnes dans le monde — 126 à son siège de Gibraltar, 57 dans des services marketing au Royaume-Uni et 925 dans des services clientèle et technique en Inde — a promis à son personnel de partager ses gains. «Chacun de nos employés, qu'il soit responsable des ressources humaines à Gibraltar, agent au service de la clientèle en Inde ou webmestre à Londres, se verra remettre gratuitement des options d'achat d'actions», a assuré Richard Segal.

Un succès croissant

Le poker en ligne connaît un succès croissant, car il attire des joueurs qui ne veulent ou ne peuvent pas se rendre dans un casino, en particulier des jeunes et des femmes. Le développement d'Internet joue aussi son rôle, en rendant le jeu plus commode. «Il est intéressant de voir que PartyPoker enregistre de très bonnes performances là où le taux de pénétration du haut débit est élevé», constate Warwick Bartlett, de Global Betting and Gaming Consultants.

Le cabinet de consultants spécialisé Christiansen Capital prévoit que les revenus mondiaux des jeux en ligne passeront de 8,2 milliards $US en 2004 à 24,5 milliards $US en 2010, leur part dans le chiffre d'affaires global de l'industrie du jeu passant de 3,4 % à 8,1 %.

Empire, site de poker en ligne de l'homme d'affaires israélien Noam Lanir, et Cassava Enterprises, qui gère le casino en ligne 888.com, doivent également faire leur entrée à la Bourse de Londres cette année.