Un porte-parole québécois à temps plein

Lorsque viendra le temps de livrer son message au Québec, Wal-Mart ne confiera plus ses relations publiques à une firme externe comme elle le fait depuis longtemps. Le premier détaillant mondial vient tout juste d'embaucher un porte-parole francophone à temps plein, lequel sera basé à Laval où commence à prendre forme le bureau régional qui supervisera la province.

Les détracteurs de la chaîne affirmeront qu'il s'agit là d'un geste purement défensif visant notamment à mieux contrer l'offensive syndicale qui secoue la province depuis l'an dernier, mais l'entreprise dit que l'embauche découle plutôt de sa croissance naturelle au Québec, où elle compte désormais 11 000 employés répartis dans 46 magasins.

«L'entreprise grandit», a indiqué hier ce nouveau directeur des communications d'entreprise pour le Québec, Yanik Deschênes, qui arrive d'Optimum relations publiques, une filiale de Cossette Communications. «Et à partir d'un certain point, le bureau chef [situé à Mississauga, en Ontario] ne pouvait plus tout faire», précise-t-il en ajoutant que «le Québec a ses particularités», notamment au chapitre linguistique. Il entre en fonction officiellement le 10 juin.

Alors que la stratégie d'ensemble émanait du siège social de Wal-Mart Canada, à Mississauga, en Ontario, le volet québécois était livré par l'entremise du cabinet de relations publiques National. La décision portant sur l'embauche d'un porte-parole à temps plein pour le Québec a été prise il y a environ un an, a précisé le directeur des affaires corporatives au siège social, Andrew Pelletier. Les procédures concrètes ont débuté il y a quatre ou cinq mois.

«Étant donné l'importance de nos activités en sol québécois, ça fait longtemps que nous voulions avoir quelqu'un à temps plein. Je crois que le Québec mérite d'avoir une personne sur le terrain», a dit Andrew Pelletier, auquel se rapportera M. Deschênes. «Ce n'est pas du tout lié à la syndicalisation. Mais ça s'inscrit en partie dans le constat selon lequel Wal-Mart, ici comme ailleurs dans le monde, doit mieux expliquer les faits et raconter notre histoire. Bien que l'embauche ne soit pas défensive, le "timing" est quand même bon, car ce qui se passe au Québec, c'est que les syndicats ont fait à leur guise en disant des choses à notre sujet qui sont tout simplement fausses. Et le fait d'avoir quelqu'un sur le terrain permettra de rectifier les choses.»

Accusant le géant américain de mauvaises pratiques à l'égard de ses employés au chapitre des salaires et des avantages sociaux, les Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC-FTQ) mènent depuis au moins un an et demi une campagne visant à syndiquer des succursales Wal-Mart, non seulement au Québec mais à l'échelle nord-américaine. La compagnie soutient que les syndicats font tout simplement du salissage et que les employés n'ont pas besoin de représentation extérieure. Le moment fort des derniers mois a eu lieu en février, lorsque l'entreprise a annoncé qu'elle fermerait le magasin de Jonquière, nouvellement syndiqué, en raison d'un fonctionnement déjà déficitaire qu'auraient exacerbé les coûts résultant d'une convention collective.

Les quelque dix employés de l'atelier automobile du magasin de Hull sont les derniers à avoir reçu une accréditation, les 200 autres employés du magasin devant quant à eux passer au vote le 9 juin. Ceux de Saint-Hyacinthe ont déjà reçu leur accréditation mais n'ont pas de contrat de travail. Du côté de Brossard, les employés ont rejeté la syndicalisation lors d'un vote secret en avril.

Les locaux de Laval où travaillera M. Deschênes, 33 ans, abritent déjà l'équipe de traduction de Wal-Mart Canada.