La création d'emplois déçoit aux États-Unis

Washington — L'économie américaine a créé 78 000 emplois seulement en mai, le plus faible niveau en près de deux ans, et cette déception renforce l'hypothèse d'une fin prochaine de la hausse des taux d'intérêt.

Le niveau des créations d'emplois de mai est le plus faible enregistré depuis août 2003, et il a fortement déçu les analystes qui tablaient sur une progression de 175 000. «La performance du marché du travail reste décevante», assure John Lonski de Moody's Investor Services.

De son côté, le taux de chômage a légèrement reculé, à 5,1 % de la population active en mai, contre 5,2 % en avril. C'est le plus bas niveau depuis septembre 2001. Il y a là une contradiction récurrente dans les chiffres de l'emploi américains, qui calculent les créations de postes et le chômage sur la base de deux études différentes.

Le secrétaire au Trésor, John Snow, s'est félicité de la baisse du chômage, en jugeant que «l'économie continue d'avancer dans la bonne direction». Mais les experts considèrent les créations d'emplois comme plus représentatives de la santé de l'économie américaine. Ils estiment qu'il faut environ 150 000 emplois nouveaux chaque mois pour absorber la hausse naturelle de la population active.

Le chiffre de mai est donc d'autant plus décevant qu'avril s'était soldé par 274 000 créations d'emplois, ce qui laissait attendre un net redémarrage du marché de l'emploi, longtemps le grand convalescent de l'économie américaine.

Une partie des analystes invite à la prudence dans l'interprétation du dernier rapport, en rappelant que les chiffres de l'emploi sont très volatiles et qu'ils sont souvent beaucoup révisés après coup. Mais «malheureusement, la faiblesse a été largement partagée en mai, ce qui suggère que ce n'est pas une aberration», souligne Drew Matus, de Lehman Brothers.

En effet, les créations d'emploi ont été essentiellement tirées par deux secteurs: l'éducation-santé (+40 000) et la construction (+20 000). Ailleurs le bilan a été décevant: -7000 pour l'industrie, -6000 pour les loisirs...

Cette faible croissance soulève des inquiétudes pour la vigueur de l'économie. «C'est une nouvelle indication que l'économie a perdu un peu de sa vitesse», estime Jay Bryson de Wachovia, même si le ralentissement reste encore peu marqué selon lui.

À l'avenir cependant, une faiblesse persistante du marché du travail n'inciterait sans doute pas aux hausses de salaires, ce qui risque de ralentir les revenus des ménages, estime M. Lonski. Et «la vigueur des dépenses de consommation américaine risque d'être remise en question alors que celles-ci sont cruciales pour les États-Unis et pour l'économie mondiale», selon lui.

L'autre enseignement de ce rapport est qu'il calme les inquiétudes liées à l'inflation, le salaire horaire moyen ayant progressé de 3 ¢US, à 16,03 $US, en mai.

C'est sans doute un soulagement pour la Réserve fédérale (Fed). «Le marché du travail ne se tend pas assez pour augmenter les risques d'inflation, ce qui donne à la Fed de fortes raisons pour mettre un terme à son cycle de hausses de taux», souligne M. Lonski

Un responsable de la Fed a laissé entendre mercredi que celle-ci en avait peut-être bientôt fini avec son resserrement monétaire, alors qu'elle a relevé huit fois ses taux pour les porter à 3 %.

Un message bien compris par les analystes. «Je tablerais au plus sur deux nouvelles hausses de taux, ce qui porterait les taux d'intérêt à 3,5 % voire 3,25 % d'ici la fin de l'année», assure Sherry Cooper, de BMO Nesbitt Burns.