Cette hausse des taux hypothécaires qui ne survient pas

Elle devait être modeste. De 75 points de base cette année, commençant au deuxième semestre. Elle sera toujours aussi modeste. Également de 75 points de base, mais elle ne se matérialisera probablement pas avant le début de 2006. Cette hausse des taux hypothécaires qui ne vient toujours pas fait partie de cette «énigme» des marchés financiers déjà évoquée par Alan Greenspan, président de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Le scénario de base a peu varié. Une légère hausse des taux hypothécaires demeure dans les cartes des prévisionnistes. Seule l'amorce du mouvement a été décalée, de trois à six mois, pour prendre forme soit à l'automne, soit au début de 2006. «Cette prévision repose évidemment sur l'hypothèse d'une accélération de la croissance économique en deuxième moitié de 2005. Si les difficultés actuelles devaient se prolonger, les hausses anticipées pourraient être retardées de plusieurs mois», ont nuancé les économistes du Mouvement Desjardins.

Donc, beaucoup de si. Et le brouillard n'est pas prêt de se dissiper. Les taux hypothécaires variables, influencés par les aléas des taux directeurs des banques centrales, vibrent désormais dans l'anticipation d'une pause dans le resserrement monétaire de la Fed. Un membre de l'institution a d'ailleurs évoqué mercredi la possibilité d'un arrêt après huit hausses en un an, qui auront fait passer le taux directeur de 1 à 3 %. La faible création d'emplois de mai et le recul, de 53,3 en avril à 51,4 en mai, de l'indice phare de l'activité manufacturière américaine (ISM) viennent militer en ce sens.

D'ailleurs, hier, les institutions financières canadiennes ont accueilli cet apaisement en vue par un déplacement vers le bas de leur grille de taux hypothécaires. La baisse d'hier oscille entre 10 et 15 points selon les échéances. Et derrière ces taux officiels se profile une réduction moyenne de quelque 110 points pour les échéances populaires de six mois à cinq ans alors qu'à plus long terme, les prêteurs peuvent accorder jusqu'à 200 points de réduction sur le taux affiché.

Pour les taux hypothécaires fixes de plus long terme, déterminés en fonction des mouvements de taux sur le marché obligataire, les analystes n'ont d'yeux présentement que pour le rendement de l'obligation à 10 ans du Trésor américain, qui est tombé momentanément à 3,8 % dans la foulée des statistiques américaines sur le chômage. Ce taux baromètre se maintient ainsi sous les 4 %, ce qui vient illustrer un applatissement de la courbe de rendements annonciateur d'une accalmie en vue au chapitre du resserrement monétaire de la Fed.

Ce taux confond les experts, y compris Alan Greenspan, qui a déjà qualifié d'énigme un tel comportement. L'an dernier, il se situait autour de 4,5 % lorsque la Fed maintenait son taux cible à un jour à 1 %. Dans la conjoncture actuelle, le marché obligataire aurait dû répondre à la hausse des taux directeurs qui perdure depuis un an aux États-Unis par un taux sur l'obligation de dix ans passant à environ 6 %.

«Si l'année 2004 fut difficile pour les économistes pour ce qui a trait aux prévisions de taux d'intérêt, l'année 2005 ne semble guère être plus facile», ont commenté les analystes de la Financière Banque Nationale. Avec pour résultats que, contre toute attente, le marché obligataire canadien a produit un rendement total de 4,1 % après cinq mois cette année, contre 4,6 % pour le marché boursier canadien.