L'euro sur la sellette

Francfort — Après la Constitution rejetée par les Néerlandais et les Français, l'euro est à son tour sur la sellette. La monnaie unique est en effet à nouveau accusée d'être à l'origine d'une hausse des prix et de la faible croissance dans les 12 pays qui l'ont adoptée.

Ses partisans affirment que l'euro, qui a perdu 10 % de sa valeur face au dollar depuis mars, reste vigoureux. Mais les résultats des référendums aux Pays-Bas mercredi et en France dimanche ont relancé les critiques à son encontre.

L'Allemagne, où l'euro est largement jugé responsable d'une hausse des prix, est en proie à la nostalgie du mark. Un sondage mené les 26 et 27 mai auprès de 1000 personnes pour le magazine Stern montre que 56 % des Allemands préféreraient avoir leur ancienne devise nationale dans leur portefeuille plutôt que la monnaie européenne. Cette tendance rappelle les critiques exprimées avant l'introduction des pièces et billets en euro en janvier 2002, déclare Thorsten Polleit, un économiste de Barclays Capital.

Les pays de la zone euro enregistrent des résultats de croissance divergents, souligne Mark Austin, de la banque HSBC. L'Italie est en récession. Et l'Allemagne, principale économie de l'UE, a averti que sa croissance commençait à ralentir, à l'instar de la France.

«Certains y voient le signe que la monnaie unique ne convient pas aux pays adhérents, selon M. Austin. Cela renvoie au débat qui existait à la naissance de l'euro: la monnaie peut-elle fonctionner efficacement dans une zone aussi vaste?»

Taux d'intérêt fixé

L'euro s'accompagne d'une politique de taux d'intérêt fixée pour l'ensemble de la zone par la Banque centrale européenne (BCE), basée à Francfort, qui est indépendante. Les pays présentant une faible croissance ne peuvent ainsi plus entreprendre eux-mêmes de baisser les taux.

«L'euro n'a pas répondu au problème fondamental qui est de soutenir la croissance européenne», juge Peter Morici, de l'université du Maryland, aux États-Unis. «En fait, en obligeant une économie aussi diverse géographiquement à s'enfermer dans une politique monétaire et fiscale unique, on a bridé la croissance.»

Les résultats en demi-teinte de la zone euro n'ont pas fait changer d'avis les dix nouveaux pays membres de l'UE, qui se sont engagés à rejoindre la monnaie unique lorsqu'ils seront prêts. Ces pays «voient dans l'UE et l'adhésion à l'euro un chemin vers le développement économique, souligne M. Austin. Les récriminations viennent des membres fondateurs qui demandent: "qu'est-ce que l'euro a fait pour nous?"».

Le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, a exhorté à plusieurs reprises les gouvernements à assouplir leur législation sociale plutôt que d'attendre de la banque centrale, dont le principal taux d'intérêt est inchangé à 2 % depuis deux ans, qu'elle baisse ses taux.

Reste que toute indication montrant qu'un des 12 voudrait quitter la zone euro pourrait ébranler sérieusement les marchés. Mercredi, l'euro a chuté après que Stern eut rapporté que le ministre allemand des Finances, Hans Eichel, et le président de la Bundesbank, Axel Weber, avaient participé à une réunion durant laquelle les discussions auraient porté sur l'échec de l'union monétaire. Une nouvelle démentie par les intéressés mais qui a suscité l'inquiétude de courtiers déjà nerveux après le non des Néerlandais et des Français.

Selon M. Polleit, un pays craignant l'effondrement de la monnaie unique pourrait envisager de se retirer de l'euro s'il estime que c'est dans son intérêt. Patrick Jacq, de la banque BNP Paribas, souligne toutefois que l'euro a apporté des avantages importants à tous ses membres. «Dans le cas d'une crise affectant un pays de la zone [...], il n'y a pas d'attaque contre la monnaie comme cela se passait avant la création de l'euro», explique-t-il.