O&Y est vendu pour deux milliards

Toronto — O&Y Properties Corp., l'un des plus importants groupes immobiliers canadiens, de même que le Fonds de placement immobilier O&Y, sa filiale à 42 %, passent aux mains d'un consortium dirigé par une filiale d'un autre géant canadien, le groupe Brascan. La transaction, la plus importante jamais réalisée dans le secteur immobilier au Canada, est évaluée à deux milliards de dollars.

Le consortium, qui se porte acquéreur de 100 % des actions des deux entreprises fondées par Philip Reichmann, est composé de BPO Properties, une filiale de Brookfield Properties Corporation, elle-même une filiale de Brascan, ainsi que d'investisseurs institutionnels dont l'Office d'investissement du régime de pensions du Canada.

Des rumeurs circulaient à l'effet que l'Office s'associe à Brascan pour acheter les deux entreprises de O&Y, dont le portefeuille immobilier comprend la place First Canadian au centre-ville de Toronto. L'endroit est le siège de la Banque de Montréal et l'immeuble à bureaux le plus haut du pays.

Le 19 mai, en rendant publics les résultats annuels de l'Office, le président et chef de la direction, David Denison, avait refusé de commenter les rumeurs, mais avait affirmé toutefois que l'immobilier et le secteur de l'infrastructure, ainsi que les autres actifs à rendement réel, sont «très attrayants et importants».

Le nom de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui oeuvre également dans le secteur de l'immobilier, avait aussi été cité après que O&Y Properties et son fonds de placement immobilier eurent été mis en vente à la mi-février.

Le nom d'un autre fonds de retraite canadien important, Teachers, le fonds de retraite des enseignants ontariens, avait aussi été mentionné par les analystes.

13 $ par action

Le consortium Brookfield, dont un des participants n'a pas été nommé lors de l'annonce hier, versera 13 $ en espèces pour chacune des actions de O&Y Properties, ce qui «représente une prime de 36 % par rapport au cours moyen pondéré sur 30 jours des actions de O&Y Properties avant l'annonce du 15 février», ont précisé les entreprises cédées, dans des communiqués séparés.

«Le consortium Brookfield a également conclu un contrat avec O&Y REIT [le fonds de placement immobilier] visant l'acquisition de la totalité de l'actif et la prise en charge de toutes les dettes de O&Y REIT et, par la suite, le rachat de la totalité des parts avec droit de vote limité de O&Y REIT selon un prix de 15,50 $ la part en espèces.»

Hier à la Bourse de Toronto, le titre de O&Y Properties a perdu 49 ¢, ou 3,67 %, pour terminer la séance à 12,85 $. Le 15 février, au moment de l'annonce de la mise en vente, le titre avait bondi de 21 % pour atteindre un sommet historique de 12 $.

Quant au cours des parts du Fonds de revenu immobilier O&Y, il a baissé de 72 ¢, ou 4,47 % hier pour clôturer à 15,40 $.

Philip Reichmann, le directeur général et fondateur de O&Y Properties, qui quittera la compagnie lorsque la transaction sera complétée vers la mi-juillet (après le vote des actionnaires de O&Y et l'approbation des autorités réglementaires), s'est dit ravi de l'offre du consortium Brookfield, «car elle concrétise une valeur pour nos actionnaires».

«Voilà une compagnie qui a quelque 800 employés d'un océan à l'autre et tout le monde a fait sa part pour en faire une grande compagnie», a dit M. Reichmann au cours d'une entrevue.

Le conglomérat torontois Brascan possède 50 % de Brookfield Properties, dont le portefeuille, avec celui de BPO Properties (sa filiale à 89 %), comprend le World Financial Center de New York, la place BCE à Toronto, ainsi que la tour de la Bourse de Toronto.

À la Bourse de Toronto, le titre de Brookfield a gagné 27 ¢ pour clôturer à 32,80 $; celui de Brascan a perdu 50 ¢, à 47,90 $.

Environ 50 investisseurs s'étaient montrés intéressés à acquérir les entreprises de O&Y depuis le mois de février, a indiqué M. Reichmann, mais «seulement 29 ou 30 ont mis de l'énergie dans leur offre». La liste est par la suite descendue à neuf acheteurs potentiels.

Le nom de O&Y Properties vient de la défunte Olympia & York, une anci enne compagnie de développement immobilier qui a fait faillite au début des années 1990 après avoir beaucoup emprunté pour réaliser le complexe Canary Wharf à Londres.

Olympia & York était propriété de Paul Reichmann (et sa famille), l'oncle de Philip Reichmann.