Les biotechs mûrissent mais les difficultés demeurent

Les entreprises canadiennes de biotechnologie ont commencé en 2004 à se concentrer sur la mise en marché de produits, mais cela ne veut pas dire que leur financement est facilité pour autant, a indiqué hier la firme Ernst & Young dans une étude annuelle selon laquelle la vaste constellation de très petites sociétés continue de compliquer la tâche.

Partant du fait que 56 % des entreprises cotées en Bourse n'ont pas les reins financiers assez solides pour survivre au-delà de deux ans sans lever de l'argent additionnel, Ernst & Young prédit pour 2005 ce qui ne s'est pas produit en 2004, c'est-à-dire une vague de fusions et d'acquisitions. Et du côté des entreprises privées, où l'on croit généralement les réserves plus minces, la chasse au partenaire risque d'être encore plus prononcée, croit la firme-conseil.

«Les entreprises canadiennes se restructurent et tissent des partenariats dans l'espoir d'atteindre la rentabilité et de générer un retour sur l'investissement», peut-on lire dans l'étude intitulée Beyond Borders: Global Technology Report 2005. «Bien que nous prévoyions encore des difficultés de financement au cours des deux prochaines années, nous croyons que ce changement fondamental permettra à l'industrie canadienne de prospérer.»

Concrètement, les pertes de l'industrie se sont élevées à 400 millions $US en 2004 mais ont tout de même diminué de 30 % (les montants sont tous en dollars américains car Ernst & Young a produit un seul rapport qui analyse plusieurs pays). Les revenus ont grimpé de 21 %, à deux milliards de dollars. Lorsque exprimés en dollars canadiens, selon la firme-conseil, les pertes ont diminué de 35 % et les revenus ont augmenté de 12 %.

Un sommet

Pour l'année 2004, a indiqué Ernst & Young, les investisseurs ont consacré aux entreprises privées 271 millions $US en capital de risque, un sommet depuis 2001 et 35 % de plus qu'en 2003. Or la presque totalité de cette hausse était attribuable à un investissement de 60 millions dans Aspreva Pharmaceutical, en Colombie-Britannique.

Le Québec, où Montréal constitue l'un des trois pôles avec Toronto et Vancouver, n'était pas en reste. Alors que la province compte pour 30 % des entreprises canadiennes, dit Ernst & Young, celles du Québec ont récolté 42 % du capital de risque, soit 114 millions. L'Ontario en a amassé 62,5 millions. En ce qui concerne l'évolution d'une année à l'autre, le groupe Réseau Capital affirmait récemment que le capital de risque dans le secteur biopharmaceutique et des sciences de la vie avait cependant chuté de 34 % au Québec en 2004.

Les investisseurs cherchent des biotechs prometteuses, certes, mais ils souhaitent aussi un rendement sur leur mise de fonds. «Les investisseurs cherchent en général des compagnies qui sont, à moyen et à court terme, prêtes à la commercialisation», a dit en entrevue Claude Bismuth, associé principal au sein du groupe des sciences de la vie chez Ernst & Young. «L'inquiétude qu'on peut avoir, c'est ce qui va arriver si on cesse d'investir dans les prochaines générations. Si aujourd'hui l'accent est mis seulement sur les entreprises qui ont des produits très avancés, qu'est-ce qui arrive aux plus jeunes? Dans six ou sept ans, qu'aurons-nous comme industrie?»

Les difficultés financières que vit l'industrie sont bien connues, et plusieurs déplorent depuis belle lurette que le problème constitue un obstacle majeur à l'innovation car les efforts se voient davantage canalisés dans une course au financement que dans la recherche. Au Québec, on estimait en septembre à 40 % la part d'entreprises dont l'encaisse est insuffisante pour assurer 12 mois de fonctionnement.

Pour l'instant, disait hier le regroupement BioQuébec, qui représente 240 organismes de recherche et entreprises, le secteur québécois n'est pas si loin d'un grand coup. «On est plus avancés en ce qui concerne le portfolio des produits, on est peut-être à moins de deux ans d'avoir des succès commerciaux», a dit son directeur général, Perry Niro. «On peut penser à Neurochem ou à Conjuchem, qui ont des produits en phase III d'essais cliniques. S'ils passent les tests et les homologations réglementaires, on peut présumer que dans deux ans elles pourront amener leurs produits sur le marché.»

Notons qu'à l'échelle mondiale, les États-Unis représentent de loin la majeure partie des activités du secteur biotechnologique, en dépit d'une remontée de l'Europe et de l'émergence de la Chine, de l'Inde et du Japon. Selon l'étude, le pays a, à lui seul, engrangé 80 % du capital de risque international en 2004, généré 78 % des revenus et compte rien de moins que la moitié des sièges sociaux des entreprises cotées en Bourse.