Khodorkovski récolte neuf ans de prison

L’ex-magnat de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, attend la conclusion de son procès.
Photo: Agence Reuters L’ex-magnat de Ioukos, Mikhaïl Khodorkovski, attend la conclusion de son procès.

Moscou — La condamnation hier de Mikhaïl Khodorkovski, ex-première fortune de Russie, survenant après le démantèlement de son groupe pétrolier Ioukos, conforte une reprise en main musclée du secteur des hydrocarbures qui a échaudé les investisseurs.

Alors qu'un verdict lourd était attendu et que les décisions de justice défavorables au milliardaire et à son groupe s'accumulaient depuis des mois, les investisseurs n'ont pas réagi fortement hier à l'écoute du jugement qui condamne à neuf ans de réclusion l'ex-patron de Ioukos et son associé Platon Lebedev.

La Bourse de Moscou s'affichait en légère hausse hier avant-midi, et les actions du groupe Ioukos ont même enregistré un gain de 8 % juste après la condamnation.

«Les dégâts infligés à l'économie sont déjà là, cette condamnation n'a pas une grande signification pour le climat d'investissement aujourd'hui, même si elle a le mérite de clore une partie du processus judiciaire» et donc d'apporter quelques certitudes aux investisseurs, a souligné Christopher Granville, analyste de la société d'investissement UFG. L'économie russe a vu sa croissance amoindrie par l'impact de l'affaire Ioukos, qui a terni l'image de la Russie à l'étranger et instauré la peur de nouvelles chasses aux sorcières chez les entrepreneurs russes. La condamnation de Khodorkovski «agira comme un rappel pour tous les investisseurs» de ne pas dépasser les bornes fixées par le Kremlin, a souligné M. Granville.

Inquiétudes

L'affaire Ioukos «a rendu inquiets» les investisseurs étrangers «qui voient un environnement qu'ils ne comprennent pas», a confirmé hier devant la presse le secrétaire américain au Commerce, Carlos Gutierrez, en visite à Moscou. L'administration américaine a dénoncé à maintes reprises un procès partial dirigé contre les dirigeants d'un groupe russe cité en exemple aux États-Unis. La Russie doit mettre en place «une application uniforme de la loi [...] pour se bâtir une réputation d'un pays où il est bon d'investir du capital», a souligné M. Gutierrez, tout en montrant peu d'empressement à accueillir la Russie au sein de l'Organisation mondiale du Commerce.

Le ministère du Développement économique russe a pointé lundi le ralentissement des investissements russes depuis le début de l'année qui l'a poussé à revoir à la baisse sa prévision de croissance du produit intérieur brut pour 2005 à 5,8 %, contre 6,5 % précédemment et 7,1 % en 2004.

Le recul des investissements est particulièrement marqué dans le secteur pétrolier, moteur de l'économie russe, en pleine recomposition et dont les patrons sont devenus attentistes en attendant la fin de l'affaire Ioukos.

L'ancien numéro un du pétrole russe sommé de rembourser une dette fiscale totale de plus de 27 milliards $US paraît proche de perdre ses derniers actifs au profit du groupe public Rosneft, qui connaît une ascension fulgurante après s'être arrogé les meilleurs actifs de Ioukos à l'issue d'une série de transactions controversées.

Le président russe Vladimir Poutine, inquiet du ralentissement de l'économie, a multiplié les signes de bonne volonté envers les entrepreneurs russes depuis mars, promettant une quasi-amnistie des privatisations controversées de la fin des années 1990 et une amnistie des capitaux accumulés non déclarés. Le président russe a également élevé la voix contre les services fiscaux, qui multiplient les redressements arbitraires depuis l'affaire Ioukos, les sommant d'arrêter de «terroriser» les entreprises russes.

Mais pour l'OCDE, seules «une accélération des réformes structurelles et des mesures concrètes pour renforcer les droits de propriété et améliorer le climat d'investissement pourront déboucher sur un rebond des investissements et un recul des fuites de capitaux», selon un rapport paru courant mai.