Caillé plaide pour une politique internationale de l'énergie

Fin du quart de travail dans cette mine de charbon ukrainienne. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le charbon fournira 40 % de l’électricité mondiale d’ici 15 ans.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fin du quart de travail dans cette mine de charbon ukrainienne. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le charbon fournira 40 % de l’électricité mondiale d’ici 15 ans.

Les ressources énergétiques de la planète peuvent répondre à la demande, mais il faudra mettre en place une politique internationale de l'énergie afin d'alimenter adéquatement les pays en voie de développement et de rendre plus durable l'exploitation de ces diverses ressources, a déclaré hier André Caillé, à titre de président du conseil d'administration du Conseil mondial de l'énergie.

S'exprimant dans la foulée du Executive Energy Forum 2005, où il a pris la parole lundi devant l'industrie canadienne, M. Caillé a indiqué en entrevue que ce voeu faisait suite aux débats ayant animé le dernier congrès triennal du Conseil, tenu en Australie au mois de septembre. «Les problèmes discutés concernent autant l'Amérique du Nord que l'Afrique et l'Asie», a-t-il dit.

La position du Conseil mondial de l'énergie, qui représente l'industrie et certaines agences gouvernementales de plus de 90 pays, tient essentiellement en trois volets. D'abord, dit M. Caillé, il faut convaincre les gouvernements d'étudier toutes les avenues possibles pour répondre à la demande, en particulier les sources d'énergie renouvelable. Ensuite, régionaliser les politiques énergétiques, ce qui se traduirait par une plus grande collaboration entre certains pays de l'Amérique du Sud ou de l'Afrique, par exemple.

En troisième lieu, le président du conseil d'Hydro-Québec évoque le besoin de rendre plus durable l'exploitation des sources d'énergie. Il mentionne le charbon, très polluant, qui, selon l'Agence internationale de l'énergie, fournira 40 % de l'électricité mondiale d'ici 15 ans. «Il faudra mettre beaucoup plus d'efforts là-dessus. Pensons à la Chine, qui a des ressources de charbon pour 750 ans. L'impact sur l'environnement fait en sorte qu'on ne pourra pas soutenir ça pendant 20 générations», a dit M. Caillé, selon lequel il faudra investir dans des technologies visant à rendre le charbon plus écologique.

Et quant au fait que le Conseil ne compte dans ses rangs aucun groupe écologique, on ne semble pas s'en formaliser. «C'est clair que nous représentons les spécialistes, les producteurs et les distributeurs, a dit M. Caillé. Mais ça ne veut pas dire pour autant qu'on n'a aucune crédibilité d'un point de vue environnemental.»

L'industrie fait le point

Mais l'Executive Energy Forum, organisé par le Conseil canadien de l'énergie à Kananaskis, en Alberta, a aussi permis à l'industrie de faire le portrait de sa situation. Les acteurs y ont tour à tour plaidé pour une intégration nationale des évaluations environnementales, la création d'équipes multidisciplinaires pour traiter certaines questions réglementaires et l'éclaircissement du «flou» en ce qui concerne le plan pour atteindre les objectifs du protocole de Kyoto.

Il a aussi été question de recrutement. Car l'évolution des technologies rend plus complexe la recherche de main-d'oeuvre. «Les sources d'énergie renouvelable, comme l'énergie solaire, la biomasse et l'énergie éolienne, contribueront à faire augmenter la demande pour des compétences spécialisées puisqu'elles exigent une expertise qui n'est pas disponible actuellement dans le bassin de travailleurs», a indiqué dans un communiqué la directrice générale du Conseil canadien des ressources humaines de l'industrie du pétrole, Cheryl Knight.

Or, à ce problème se greffent le départ à la retraite de travailleurs spécialisés et aussi le fait suivant: «l'employé type du secteur de l'énergie est un homme blanc», a dit Mme Knight, déplorant que «les femmes, les autochtones, les immigrants et les minorités visibles y sont sous-représentés». Les femmes, par exemple, ne représentent que 21,9 % de la main-d'oeuvre comparativement à une moyenne nationale de 46,6 %.

Outre les gens de l'industrie canadienne, le congrès de trois jours, qui s'est terminé hier, a entendu quelques représentants provinciaux ainsi que le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie, Claude Mandil. Ce dernier a affirmé que le protocole de Kyoto ne constituait qu'une «première étape» en matière de réduction des gaz à effet de serre et que les pays développés devraient s'intéresser davantage aux sources d'énergie renouvelable. «Des politiques encore plus poussées devront être mises en place pour élaborer des solutions énergétiques réellement durables», a-t-il affirmé.