Télécommunications: d'après BCE, les restrictions seront néfastes pour l'économie

Toronto — La compétitivité économique du Canada est menacée par une politique de télécommunications aberrante qui va étouffer l'innovation dans un important secteur industriel, a affirmé hier le patron de la plus grosse compagnie de téléphone au pays.

Le président et chef de la direction de BCE, Michael Sabia, a affirmé au cours d'une conférence sur l'industrie tenue à Toronto mardi, que le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a placé les grandes compagnies de téléphone dans une situation de désavantage injuste face à leurs rivales avec sa décision du 12 mai au sujet du VoIP (système vocal sur l'Internet).

«En effet, c'est une décision à propos d'une politique industrielle — qui protège les concurrents plutôt que la concurrence, menant à moins d'innovation et moins de choix les consommateurs», a dit M. Sabia dans son discours.

BCE et sa principale filiale, Bell Canada, ont laissé savoir qu'elles allaient en appeler de cette décision.

Le CRTC a laissé savoir qu'il réglementera la transmission de voix sur Internet dans les cas où elle sera offerte et utilisée comme un substitut au service téléphonique local. La décision a notamment pour effet d'interdire aux compagnies titulaires comme Bell Canada et Telus de vendre leur service de téléphonie IP en dessous du prix coûtant, pour nuire à leurs concurrents qui tentent une percée dans le marché des télécommunications locales.

La décision a été accueillie favorablement par plusieurs des entreprises rivales de Bell, qui auront la liberté de fixer les tarifs de leurs services de téléphone locaux alors que les compagnies titulaires seront toujours obligées d'avoir l'approbation du CRTC.

M. Sabia a affirmé que la décision du CRTC protège les grands câblodistributeurs, qui commencent à s'insérer dans le secteur de la téléphonie par le biais de la technologie VoIP, de même que les entreprises étrangères comme Vonage et Primus.

La plupart des autres pays industrialisés ont choisi de ne pas réglementer les services VoIP et le Canada ne peut se permettre d'être aussi déphasé, a dit M. Sabia.

Au cours de la même conférence, certains ont toutefois applaudi la décision du CRTC.

«Selon moi, le CRTC a pris la bonne décision», a affirmé Jean Brazeau, vice-président principal chez Sprint Canada, en soulignant qu'il est difficile pour les fournisseurs du secteur des télécommunications de percer un marché dominé par des compagnies titulaires.

Sprint Canada est un des quelques concurrents indépendants de Bell, mais l'entreprise est en train de passer aux mains de Rogers Communications — qui possède déjà les plus importantes compagnies de téléphone sans fil et de câble au pays.

Du côté de Telus, la vice-présidente exécutive Janet Yale a expliqué que les câblodistributeurs n'ont pas besoin d'un coup de pouce réglementaire compte tenu de leur bassin de clients et réseaux à large bande existants.

Pour sa part, le p.-d.g. de Nortel, Bill Owens, a attiré l'attention de l'audience sur ce qui se fait ailleurs. Selon lui, le Canada, les États-Unis et l'Europe devraient apprendre des politiques adoptées par des gouvernements de pays en développement qui se servent du secteur des télécommunications pour stimuler la croissance économique.

M. Owens a donné l'exemple de l'Inde qui connaît une croissance exceptionnelle en ce moment.