Desjardins investit 200 000 $ en milieu agricole

Le Mouvement Desjardins consacrera 200 000 $ sur une période de cinq ans à 10 projets-pilotes dans le cadre d'un programme créé par la Fondation de la faune et l'Union des producteurs agricoles (UPA) en vue de la mise en valeur de la biodiversité des cours d'eau en milieu agricole. Desjardins devient ainsi le premier investisseur privé pour la réalisation de ce programme, dont le coût est évalué à au moins huit millions.

Bernard Beaudin, président de la Fondation de la faune, s'attend à ce que le secteur privé contribue un million à ce programme. L'UPA, pour sa part, évalue que sa contribution et celles de 522 producteurs qui participeront à ces 10 projets-pilotes dans neuf régions agricoles du Québec atteindront trois millions. Trois ministères québécois, ainsi que la Financière agricole seront également de la partie sur le plan financier.

Laurent Pellerin, président de l'UPA, s'est montré particulièrement ravi de ces appuis venus des milieux de la faune et du Mouvement Desjardins. «Du concret, les agriculteurs aiment ça», a-t-il dit. En fait, 30 groupes de producteurs désiraient participer au programme, mais seulement 10 ont été choisis sur les 18 qui répondaient aux critères établis par un comité de sélection Avec plus d'argent, d'autres producteurs pourront participer à une démarche semblable.

Aspect concret

L'approche «pratico-pratique» plaît particulièrement à l'UPA. Il n'est pas question de faire dresser de savants plans par des ingénieurs, mais de voir ferme par ferme avec les conseillers ce qu'il faut faire et comment procéder. Chaque producteur fera le travail avec ses propres équipements. Les sites choisis serviront à des fins de démonstration pour étendre la démarche à l'ensemble du territoire. Ces projets serviront aussi à établir un guide d'aménagement auquel la Financière agricole se référera par la suite pour établir sa politique d'éco-conditionnalité. Du point de vue des producteurs, le facteur des coûts est très important. Il faut que ce soit réaliste et qu'on réduise les coûts au maximum, a expliqué M. Beaudin.

Ce programme démarre de façon limitée afin d'évaluer toutes les facettes de la question, soit le volet agricole avec de saines pratiques des fertilisants et des pesticides, l'amélioration des pratiques de culture et la stabilisation des structures de drainage; il y a le volet environnemental avec la stabilisation des berges et l'aménagement des bandes riveraines; il y a enfin le volet faunique avec la restauration des habitats aquatiques, le reboisement des berges et la création d'habitats (milieux humides, haies brise-vent et corridors fauniques).

Ces projets-pilotes qui auront lieu dans de petits bassins versants présentent «une haute probabilité de réalisation», a déclaré Alban D'Amours pour expliquer l'engagement financier de Desjardins. Il a mentionné que l'entente intervenue cadrait tout à fait avec les préoccupations de développement durable que Desjardins veut consigner dans une politique qui fera l'objet d'une consultation auprès de ses membres et qui sera adoptée l'automne prochain.

Cette entreprise de restauration des cours d'eau est évidemment très modeste par rapport à la situation écologique globale. Combien en coûterait-il pour réaménager l'ensemble des bassins des cours d'eau, grands comme petits? M. Beaudin a avoué n'en avoir aucune idée, tout en concédant qu'il y avait aussi beaucoup de pollution causée par les milieux urbains et qu'on n'éliminera pas les villes pour autant.

Chez les écologistes, on va sans doute considérer que cet effort annoncé hier ne sera qu'une goutte d'eau dans l'océan, sans oublier qu'il y a déjà au Québec des lois qui remontent jusqu'à 1982 pour la protection des cours d'eau et que jusqu'à maintenant personne n'a rien fait pour qu'elles soient respectées.