Majorité silencieuse

Deux modèles font la loi dans ce segment: la Honda Accord (ci-haut) et la Toyota Camry (en bas). Les autres se partagent les miettes. Source Honda
Photo: Deux modèles font la loi dans ce segment: la Honda Accord (ci-haut) et la Toyota Camry (en bas). Les autres se partagent les miettes. Source Honda

Vous n'aimez pas les voitures. Vous trouvez qu'elles se ressemblent toutes. Et vous n'avez jamais compris l'intérêt que portent à ces insipides boîtes de tôle à quatre roues ceux qui se disent passionnés d'automobiles. «Et pourquoi pas passionnés de lessiveuses, ou de robots culinaires?», vous dites-vous.

Si vous êtes quand même propriétaire d'une voiture et que vous vous reconnaissez dans cette description, il y a de fortes chances que vous conduisiez une berline intermédiaire. Sans tomber dans des stéréotypes trop caricaturaux, il est fréquent de voir ces voitures achetées par des gens qui considèrent l'automobile comme une simple commodité. La berline intermédiaire est donc un produit générique que l'on apprécie seulement pour le service qu'il rend: se déplacer de A à B. Elle n'a jamais eu pour vocation de «déclencher des élans de passion», pour paraphraser le slogan bien connu.

Une recette... qui fait recette

Si la berline intermédiaire a déjà été la norme, les typologies automobiles se sont aujourd'hui multipliées, fragmentant ainsi les parts de marché. À une époque où les voitures se prennent pour des camions, et où les camions voudraient nous faire croire qu'ils ne sont pas si camions que ça, l'immuable «sedan quatre portes» ne semble pas être touché par cette quête du segment exclusif, ou du «marché niche», comme disent les spécialistes du marketing.

Année après année, plus d'une voiture sur trois vendues au Canada fait partie de cette catégorie. Aux États-Unis, où les voitures compactes ne sont pas aussi populaires qu'au Canada, la part de marché des intermédiaires s'élève à 45 %, et ce, dans un marché de sept millions et demi de véhicules. Pas étonnant, donc, que les constructeurs qui dominent le palmarès des ventes soient aussi frileux à changer la recette de ce qui est pour eux une véritable vache à lait.

Ainsi, la recette de la berline intermédiaire telle que nous la connaissons remonte au milieu des années 1980, lorsque l'adoption généralisée de la traction avant devint la norme. Si la composition d'une bonne berline peut sembler simple, tout le génie des modèles qui réussissent réside dans l'assemblage et la qualité des ingrédients. Le moteur de base est généralement un quatre cylindres, mais la présence d'un V6 au catalogue est désormais incontournable. Obligatoirement doux et onctueux, le comportement de ce moteur jettera les bases de la personnalité du véhicule.

Des valeurs sûres

L'acheteur de ce type de voiture ne joue pas aux dés ni à la roulette russe. Il a horreur de se tromper et il n'est pas question de prendre des risques avec ses économies en misant tout sur le mauvais cheval. Contrairement à d'autres types de véhicule, les critères rationnels dominent ici la décision d'achat: on cherche une voiture qui offrira une fiabilité et une durabilité à toute épreuve, en plus de maintenir longtemps une valeur de revente élevée. Et à ce jeu, les constructeurs asiatiques dominent outrageusement.

Les voitures américaines sont affligées par leur assemblage souvent bâclé, des motorisations préhistoriques et une valeur de revente qui plonge dans les abysses aussitôt que la voiture quitte la salle de montre. Les voitures européennes, quant à elles, se tirent dans les pneus en offrant une fiabilité que l'on pourrait qualifier, au mieux, de douteuse. Sans parler de leurs prix abusifs. Tout cela explique pourquoi seulement un ou deux modèles font la loi dans ce segment — la Honda Accord et la Toyota Camry, pour ne pas les nommer — et que les autres se partagent les miettes.

Certes, aucun règne n'est éternel. Les constructeurs américains progressent, comme en font foi des modèles comme la Chevrolet Malibu ou la Buick Allure, tandis que la très attendue Ford Fusion, qui partage sa plateforme avec la Mazda 6, laisse entrevoir de belles choses. Et n'oublions pas les Coréens, avec Hyundai comme chef de file. Mais en attendant, l'Accord et la Camry continuent de regarder les autres de haut. Avec raison.

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