La menace d'inflation se précise aux États-Unis

Washington — Les prix à la consommation ont accéléré en mars aux États-Unis, ce qui ravive les craintes d'inflation car la flambée des prix de l'énergie ne peut être tenue pour seule responsable de cette poussée.

Les prix à la consommation ont progressé de 0,6 % en mars par rapport à février, et l'indice de base (hors alimentation et énergie) de 0,4 %, a annoncé hier le département du Travail. Ce sont les plus fortes progressions enregistrées depuis octobre 2004 et août 2002, respectivement.

Cela porte la hausse sur douze mois des prix à la consommation à 3,1 % en mars, et à 2,3 % hors alimentation et énergie. Sur l'ensemble du premier trimestre, les prix à la consommation ont augmenté de 4,3 % et de 3,3 % hors alimentation et énergie (en rythme annuel).

L'inflation, un thème très discuté depuis plusieurs mois, revient donc sur le devant de la scène. «Des pressions inflationnistes sont en train de se former aux États-Unis» et «même si l'on retire des facteurs qui ne se reproduiront sans doute pas, comme la hausse des prix des vêtements féminins, la nouvelle reste que l'inflation commence à accélérer», estime Drew Matus, économiste de Lehman Brothers.

La Fed est préoccupée

La Réserve fédérale (Fed) s'intéresse de plus en plus au sujet. Le 22 mars, elle avait jugé «préoccupants» les indicateurs montrant une inflation un peu au-dessus des attentes, même si elle se dit toujours convaincue que l'inflation restera maîtrisée à long terme.

L'accélération des prix en mars s'explique avant tout par le bond des prix de l'énergie, avec surtout des hausses très fortes pour l'essence (+7,9 %) et le fioul de chauffage. Mais «la hausse ne vient pas que de l'énergie», note l'économiste indépendant Joel Naroff. «Les dépenses des ménages ont beaucoup augmenté et cela, dans presque tous les domaines. Les coûts médicaux et d'éducation sont hors de contrôle. Le prix de l'alimentation continue de monter progressivement», ajoute-t-il.

Pour couronner le tout, il y a eu des facteurs exceptionnels, comme la forte hausse des prix des vêtements (+0,8 %) ou de l'hôtellerie (+3,9 %).

Cette tendance continuera-t-elle? Beaucoup d'analystes pensent que oui, même si c'est à un rythme moins rapide. «Nous tablons sur une légère hausse de l'inflation dans les prochains mois, en raison d'une plus grande répercussion des hausses de coûts des producteurs sur les consommateurs», assure Marie-Pierre Ripert, d'Ixis CIB.

Aussi la Banque centrale va-t-elle sans aucun doute continuer à durcir sa politique monétaire. «Les chiffres d'aujourd'hui confortent la décision de la Fed de continuer à relever ses taux pour empêcher toute accélération de l'inflation», assure M. Matus, qui parie sur des hausses de 0,25 point. La prochaine réunion de son comité monétaire est prévue le 3 mai.