Le Dreamliner redonne des ailes à Boeing

Londres — Grâce à son nouveau long-courrier très apprécié, le 787 Dreamliner, Boeing, encore montré du doigt il y un an à peine pour sa gamme vieillissante et ses pertes de marché, semble relever la tête face à son concurrent Airbus.

Ce nouveau modèle, qui mise sur les économies de carburant, a suscité une floppée de commandes de la part des compagnies aériennes prises à la gorge par la flambée des cours du pétrole. À tel point que pour la première fois cette année depuis 2000, l'avionneur américain pourrait enregistrer plus de commandes que son rival européen dont le projet concurrent, l'A350, n'a suscité jusqu'ici qu'un intérêt poli.

«Boeing s'est retourné et a combattu. On ne s'y attendait pas», commente Richard Aboulafia, analyste chez le consultant américain Teal Group.

Tout semblait encore sourire à Airbus il y a peu, porté par le succès du très gros porteur A380 qui doit voler pour la première fois dans quelques jours. Le constructeur aéronautique a livré plus d'avions que son concurrent américain en 2003 et 2004. Boeing, qui n'avait pas lancé de nouveau modèle depuis 1990, semblait incapable de réaliser ses projets au-delà de la planche à dessin.

Airbus avait même commencé à parler des «avions de papier» de son concurrent américain. Mais le lancement du 787 a semblé changé la donne.

Ainsi, une récente commande de Korean Air pouvant atteindre au final 20 appareils a été remportée par Boeing, pour remplacer des Airbus A300-600. Cette commande porte à 200 le nombre d'appareils demandés à l'américain pour le 787. L'A350, version améliorée de l'A330, n'a qu'un client potentiel depuis l'annonce de son lancement au mois de décembre.

«J'aurai 100 commandes pour l'A350 d'ici la fin de l'année [...]», a néanmoins affirmé le patron des ventes d'Airbus John Leahy, au Chicago Tribune. «Si ce n'est pas le cas, j'aurai plutôt l'air bête», a-t-il ajouté.

Le patron d'Airbus, Noël Forgeard, a prédit que le groupe enregistrerait 50 commandes lors du Salon du Bourget au mois de juin, mais certains analystes en doutent.

Des commandes clés

«À l'évidence, avant de poursuivre le lancement, il nous faut un certain nombre de clients et de compagnies aériennes», a convenu un porte-parole d'Airbus, sans vouloir dire combien.

Selon les analystes, Airbus devra peut-être revoir le design de l'A350, ce qui pourrait reporter son lancement à 2010. «Boeing prend vraiment de la vitesse», estime un analyste à Londres. «Le 787 fonctionne et pas l'A350.»

Parallèlement au lancement du 787, Boeing a mis au rebus ses 717 et 757 vieillissants, et a remis en chantier l'idée d'un gros porteur d'une capacité supérieure au 747, tout en se préparant à livrer une version du 777 début 2006.

Par ailleurs, le coût de développement de l'A350 pourrait se révéler plus élevé que prévu si Airbus devait opter pour un design totalement neuf plutôt que pour une simple amélioration de l'A330.

«L'actuel A350 pourrait ne pas faire l'affaire», estime Richard Aboulafia, en notant que les conceptions nouvelles prennent plus de temps et coûtent plus cher. L'A380 a coûté quelque 12 milliards $US.

L'A380, qui devrait être la star du prochain salon du Bourget, devrait commencé à être livré chez les clients à partir de 2006, ce qui signifie qu'Airbus sera encore en train de récupérer ses coûts tout en étant en train de s'activer sur l'A350.

Dans la course que se livrent les deux avionneurs, les commandes à venir des compagnies Northwest Airlines et Qatar Airways seront cruciales pour l'A350, estiment les analystes, les deux transporteurs étant de gros clients de l'A330. Si Boeing devait l'emporter, ce serait un coup sérieux pour le constructeur aéronautique européen.

Aide au lancement

Tout dépendra aussi de la tentative menée par Boeing de remise en cause des prêts d'aide au lancement dont a bénéficié Airbus jusqu'ici pour le lancement de ses modèles.

Avec la fin de l'accord de 1992 sur les aides aux deux constructeurs, les États-Unis ont menacé de régler le différend transatlantique sur les subventions à l'aéronautique devant l'Organisation mondiale du commerce (OMC) si Airbus venait à demander de nouvelles aides au lancement pour l'A350, ce qui a priori devrait être le cas.

Noël Forgeard avait indiqué qu'Airbus pourrait demander un milliard d'euros pour le lancement de l'A350 dont le coût prévisionnel a été chiffré à quatre milliards d'euros.