Vêtement: les importations chinoises ont augmenté du tiers

Les importations de vêtements en provenance de la Chine ont augmenté de près du tiers, au Canada, lors des deux premiers mois qui ont suivi l'abolition, le 1er janvier, des derniers quotas dans le secteur. C'est toutefois de ses pertes de parts de marché à l'étranger que semble, pour le moment, surtout souffrir l'industrie canadienne.

La valeur totale des importations de vêtements en provenance de la Chine est passée de 135 millions pour le mois de décembre à 201 millions en janvier, puis à 272 millions en février, révèlent les plus récentes données obtenues par Le Devoir auprès de Statistique Canada. De tels chiffres amèneraient à croire que les importations avaient plus que doublé seulement deux mois après la disparition des derniers contingents à l'importation tolérés par l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les importations ont toujours été plus basses en décembre, précisent toutefois les économistes de Statistique Canada. Aussi vaut-il mieux, disent-ils, comparer les deux premiers mois de l'année aux deux mêmes mois des années précédentes.

On observe ainsi que les importations de vêtements en provenance de la Chine au Canada ont totalisé 473 millions en janvier et février 2005, soit 30 % de plus que durant la même période en 2004 (363 millions) et 28 % de plus qu'en 2003 (369 millions).

Ce phénomène ne semble pas pour le moment avoir une influence importante sur le total des importations de vêtements au Canada, ces importations s'étant élevées, en janvier-février 2005, à 1,108 milliard, soit 12 % de plus que durant la même période l'année précédente (982 millions) mais moins de 3 % de plus qu'en 2003.

«Les importations de janvier et février [2005] ont un niveau similaire à celui de 2003, constatent les économistes de Statistique Canada, Bernard Lupien et Diana Wyman, dans leur présentation des résultats. Il n'y a pas de hausse spectaculaire. De plus, les importations du Mexique, de divers pays d'Asie et de l'Amérique latine ont même diminué. Cela semble indiquer un déplacement de la provenance de nos importations [vers la Chine et d'autres pays d'Asie comme le Pakistan et l'Inde] plutôt qu'une hausse nette.»

Ces données permettent, en effet, de déduire que la part de la Chine, dans le total des importations de vêtements au Canada, est passée de 34 % dans les deux premiers mois de 2003 à 43 % au début de 2005. Elles s'inscrivent dans les tendances observées depuis l'accession de la Chine à l'OMC en 2002 et l'élimination graduelle des tarifs et quotas en vertu de son Accord multifibre.

Aux États-Unis

L'ampleur du phénomène ne semble toutefois pas être aussi grande qu'aux États-Unis, où l'on affirme que l'augmentation des importations chinoises dépasserait les 60 % depuis le début de l'année.

Si elle s'avérait, une telle hausse ferait craindre le pire à l'industrie canadienne, qui a pris l'habitude d'exporter un peu moins de 40 % de sa production à l'étranger, dont la plus grande partie aux États-Unis.

Les chiffres de Statistique Canada montrent d'ailleurs que la valeur des exportations canadiennes de vêtements à l'étranger a baissé de 12 % entre les deux premiers mois de 2004 (414,4 millions) et ces deux mêmes mois en 2005 (364,5 millions). Ce recul a sans doute eu un rôle à jouer dans la diminution équivalente (13 %) du volume total de production de l'industrie canadienne du vêtement, de 1,137 milliard, en janvier-février 2004, à 988,9 millions, en janvier-février 2005.

Ces deux baisses n'ont toutefois pas été le fait d'un choc brutal, qui aurait coïncidé avec la disparition des derniers quotas, au début de 2005, mais d'une baisse lente et graduelle, rapportent les économistes de Statistique Canada. «Il n'y avait que deux mois de passés en 2005», au moment où ces données ont été enregistrées, prennent-ils la peine de rappeler. «Il faudra attendre plus tard dans l'année pour voir si la tendance se maintient.»

Tous ne sont cependant pas prêts à attendre que la menace se concrétise davantage avant de réclamer des gouvernements la mise en place de mesures défensives. Imitant les syndicats américains et européens, des syndicats canadiens ont réclamé, il y a une dizaine de jours, que le Canada se prévale de la disposition à l'OMC permettant le rétablissement de quotas pour trois autres années si l'augmentation des importations chinoises dépasse les 7,5 % en 2005.