La France, terre d'investissement

Un employé manifeste contre la fermeture éventuelle de l’usine marseillaise de Nestlé. Patrie, pour plusieurs, de la semaine de travail de 35 heures, des lois anti-licenciement, des grèves préventives, la France semble tout avoir, et même tout fa
Photo: Agence France-Presse (photo) Un employé manifeste contre la fermeture éventuelle de l’usine marseillaise de Nestlé. Patrie, pour plusieurs, de la semaine de travail de 35 heures, des lois anti-licenciement, des grèves préventives, la France semble tout avoir, et même tout fa

Quel pays a attiré le plus d'investissements étrangers l'an dernier après la Chine? Les États-Unis? Le Royaume-Uni? Le Japon? L'Inde? Vous ne devinerez jamais. Il s'agit de la France.

«Il n'y a pas de doute que l'on souffre d'un problème d'image», a admis volontiers, la semaine dernière, Laurent Trupin, directeur général de l'Agence française pour les investissements internationaux (AFII), lors de l'étape québécoise d'une tournée dans le Nord-Est américain. Patrie, pour plusieurs, de la semaine de travail de 35 heures, des lois anti-licenciement, de ces étranges choses que sont les grèves préventives et même du «socialisme rouge vif», la France semble tout avoir, et même tout faire, pour faire fuir les entreprises étrangères. La réalité est pourtant tout autre.

Les investissements étrangers totaux de 47 milliards qu'elle a su attirer, en 2003, lui ont permis de battre les États-Unis (40 milliards), la Belgique (31 milliards), l'Espagne (26 milliards), ainsi que tous les autres pays à l'exception de la Chine et de ses 53 milliards. Les plus récentes données de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) indiquent qu'elle a refait le coup en 2004. De pareils résultats ne sont d'ailleurs pas une surprise, la France ayant pris l'habitude de se classer parmi les cinq premiers au moins depuis les années 90.

Il y a plusieurs raisons à cela, explique Laurent Trupin, à commencer par l'Union européenne, dans laquelle tout le monde veut avoir un pied-à-terre et où la France occupe une position géographique centrale. Il y a, aussi, la jeunesse et le degré de formation de sa main-d'oeuvre, le pays comptant le plus grand nombre de jeunes de 20 et 30 ans avec un diplôme scientifique ou technique. On pourrait aussi mentionner la qualité de ses infrastructures de transport, avec des ports sur l'Atlantique et la Méditerranée, le TGV et l'une des densités autoroutières les plus fortes d'Europe. Sans parler de sa productivité qui, lorsque ramenée au nombre d'heures travaillées, dépasse, quoi qu'on en dise, celle des États-Unis ou du Japon.

Enlever les irritants

Et puis, il y a ces quelque 80 initiatives lancées depuis deux ans à la suggestion, notamment, d'un groupe d'une vingtaine de chefs de très grandes entreprises regroupés au sein d'un «Conseil stratégique de l'attractivité». Ces mesures, souvent d'apparence modeste, visent à enlever le maximum d'irritants susceptibles de rebuter un investisseur étranger ou de décourager un travailleur hautement qualifié qui voudrait venir s'installer. Elles vont de la simplification des procédures d'entrée et de travail des cadres étrangers, à de généreuses déductions fiscales pour les activités de recherche et développement, en passant par l'accueil de plus d'étudiants étrangers, la modernisation du droit français des affaires ou même l'amélioration des conditions de séjours des artistes étrangers.

Des tournées de consultations auprès des investisseurs américains ont révélé que leur principale crainte portait sur ses règles de licenciement et la capacité, pour une entreprise, d'y augmenter ou d'y réduire son volume d'activité en vertu de ses besoins et du contexte économique. «On s'est rendu compte que ce n'est pas le coût de ces licenciements qui pose le plus grand problème, explique Laurent Trupin, mais le flou juridique qui entoure cette question. On en vient à ne plus savoir qui décide la fermeture: la compagnie, le syndicat, ou le juge. Aux États-Unis, il est souvent plus coûteux de licencier du personnel, mais la décision de le faire revient à l'entreprise, qui la prend en connaissance de cause.» Aussi la France se promet-elle de clarifier les choses le plus vite possible.

La semaine de travail de 35 heures aussi «a donné très mauvaise réputation à la France sur la scène internationale», affirme-t-on à l'AFII. Bien que théoriquement toujours en vigueur, elle a toutefois maintenant cessé de s'appliquer dans la pratique, ajoute-t-on dans un soupir de soulagement.

Tous ces facteurs semblent particulièrement bien réussir à l'industrie automobile qui accapare, depuis quelques années déjà, la part du lion dans les investissements étrangers. «Tous les grands équipementiers qui ne sont pas déjà en Europe souhaitent s'y installer, observe Laurent Trupin, tandis que ceux qui y sont déjà veulent y augmenter leur présence.» Venaient ensuite, par ordre d'importance des emplois créés, en 2003: les activités de services, commerciales ou financières; les logiciels et services informatiques; la chimie, plasturgie et biotechnologie; et les transports.

De tous les pays étrangers, ce sont les États-Unis qui investissent le plus en France, avec 27 % des emplois créés en 2003, suivis de près par l'Allemagne, puis l'Italie et le Royaume-Uni. C'était vrai même durant les pires mois de la crise irakienne, note Laurent Trupin. «Cela montre bien comment la politique et l'économie peuvent être deux univers distincts.»

Tout comme l'image que l'on peut se faire d'un pays et la réalité.