Oncle Sam meurt, mais ne se rend pas!

Dodge Charger
Source : Archives Le Devoir
Photo: Dodge Charger Source : Archives Le Devoir

Assez paradoxalement, juste au moment où les voitures américaines semblent retrouver leur vitalité d'antan, leurs constructeurs n'arrivent pas à reprendre le dessus.

Si on ne regardait que les nouveaux produits lancés sur le marché par les constructeurs de Detroit, on en viendrait à conclure qu'ils se sont refait une santé, et qu'ils sont même dans une forme olympique! De façon générale, la qualité d'assemblage de leurs produits paraît meilleure que jamais, et un effort manifeste semble être fait sur le plan du design. Qu'on se le dise: les voitures américaines ont retrouvé un style désirable et inspiré.

Par contre, si l'on s'en tient aux pages financières des journaux, les nouvelles sont beaucoup moins roses pour Chrysler, Ford et General Motors. Accablés de dettes, les constructeurs américains gèrent leur décroissance depuis plus de 30 ans. General Motors, par exemple, dont les parts de marché flottaient au-dessus des 45 % au début des années 1970, essaiera péniblement de ne pas chuter sous les 25 % cette année. Perdre autant de terrain n'a que des désavantages: pour assurer sa survie, le géant de l'auto devra dégraisser sauvagement, car son réseau de vente surdimensionné devient difficile à soutenir. Sans parler de toutes ces usines qu'il faut fermer, et de ce foisonnement de marques et de modèles dans lequel il faudra tôt ou tard faire un grand ménage.

Résister à Toyota

Dans ce contexte, il est rassurant de constater que les constructeurs américains ont retrouvé leur combativité. Ils vont en avoir besoin, car le rouleau compresseur Toyota avance implacablement, et a même donné quelques sueurs froides à Ford et Chrysler en 2004. Avec leurs parts de marché qui fondent comme neige au printemps, le jour est proche où l'on parlera de Toyota comme du deuxième constructeur en Amérique du Nord. Ajoutez à cela le taux de change du yen qui favorise les constructeurs nippons et la table est mise pour le scénario catastrophe.

Cependant, certains signes ne trompent pas sur la vigueur retrouvée des produits américains: la marque Chrysler tente de se réimplanter solidement en Europe, tout comme Cadillac, qui pousse l'audace jusqu'à développer un modèle exclusivement pour ce marché. De ce côté-ci de l'Atlantique aussi la pente est abrupte à remonter. Après avoir pris les acheteurs de voiture pour des imbéciles pendant trois décennies, il leur faut convaincre le grand public que leurs produits seront non seulement solides et fiables, mais qu'ils sauront aussi maintenir une valeur de revente élevée. C'est particulièrement vrai dans le segment des voitures compactes où les Japonais font la pluie et le beau temps. Malgré cela, la nouvelle Chevrolet Cobalt est très prometteuse et la Ford Focus revue et corrigée est un produit à considérer.

Erreur stratégique

À force de tout miser sur les gros utilitaires sport, les Américains se sont cependant coupé les ailes pour l'exportation puisque, hors de leurs frontières, le prix du carburant rend ce type de véhicules parfaitement inapproprié (et vous pouvez aussi lire «inapproprié» dans le sens d'obscène, comme l'entendait Bill Clinton). Ce fut une erreur stratégique majeure car, ce faisant, ils ont abandonné de grands pans du marché aux Européens et aux Japonais. Leur attitude nombriliste et leur inertie technique leur ont coûté cher. Mais encore aujourd'hui, leurs produits vedettes ne sont bien souvent qu'une réactualisation de ce qu'ils ont toujours su faire avec succès: un gros V8 devant et des roues arrière motrices. Primitif et efficace!

Pour survivre, et défendre sa place au soleil, Detroit ne devra pas seulement nous convaincre de ses aptitudes à construire des produits de qualité, mais aussi prendre le virage vert en concevant des véhicules adaptés aux conditions économiques et écologiques qui règnent ailleurs dans le monde. Alors, assistons-nous au chant du cygne des constructeurs automobiles américains ou aux signes précurseurs d'une renaissance? L'avenir nous dira s'ils seront capables de regagner le terrain perdu...