Chrysler 300 - Renaissance d'une grande américaine

Observateurs comme spécialistes, tous s'entendent pour dire que Chrysler a frappé un grand coup avec le renouvellement de la berline 300. Euphémisme, car la nouvelle 300 ne se contente pas de marquer le retour d'un grand classique: elle vient dépoussiérer l'image de la voiture américaine. Rien que ça!

Mieux: la 300 est cool, assurément. Voilà un qualificatif qui n'a pas été associé à une berline américaine depuis des siècles! (Bon, d'accord, des décennies...). En fait, je ne me souviens même pas du dernier modèle de grande série qui a pu être étiqueté «cool» au sein de la production automobile américaine. Il faut sans doute remonter aux années 50, à la grande époque de la Chevrolet Bel Air et de la... Chrysler 300!

Vous l'aurez compris, la 300 descend d'une lignée prestigieuse, celle des Letter Series, dont la première vit le jour en 1955. Elle fut baptisée ainsi à cause de la puissance de son V8: 300 chevaux, ce qui en faisait la voiture de grande série la plus rapide au monde. L'histoire officielle rapporte que la production de la 300 s'arrêta en 1971, mais les connaisseurs vous diront que l'âge d'or de la 300 prit fin en 1965 avec la 300 L, dernière des Letter Series. À ce moment, elle n'était plus l'ombre d'elle-même et la déchéance se poursuivit encore six ans avec une 300 qui n'était plus rien d'autre qu'une banale Newport à peine déguisée.

Voilà pour le volet historique.

Une berline qui en impose

Lancée en 1998, la 300M marquait le retour de ce modèle au sein de la gamme Chrysler. Relativement puissante et plutôt bien tournée, elle entendait s'inscrire dans la prestigieuse lignée des Letter Series, mais son V6 et ses roues motrices à l'avant faisaient grincer des dents les puristes, nostalgiques — non sans raison — de la grande époque des V8 et de la propulsion. Et si la 300M affichait une allure des plus moderne, elle était tout sauf cool! En langage populaire, elle était perçue comme un «char de mononcle», à l'instar de la presque totalité des berlines américaines. Les quadragénaires n'en voulaient pas, alors imaginez les acheteurs plus jeunes!

Avec la nouvelle 300, Chrysler a effectué un virage à 180 degrés. Sur le plan esthétique, d'abord: quelle gueule, non mais quelle gueule! À première vue, on pense à un croisement entre une Bentley et un custom Mercury des années 50 avec le toit surbaissé (chopped top). Tout pour donner un résultat désastreux et pourtant, c'est réussi! Levons notre chapeau au styliste montréalais Ralph Gilles, qui a réussi un tour de force: dessiner une berline américaine qui ne laisse personne, mais alors là personne, indifférent. L'allure massive, renforcée par une surface vitrée réduite, une ceinture de caisse très haute et d'énormes passages de roues, ne plaît pas à tous, mais la 300 a «une sacrée présence», pour reprendre l'expression de mon collègue Boissé, lui-même designer de profession. Bref, la 300 en impose, elle sait faire parler d'elle, et elle est cool. Vraiment cool.

Les plus et les moins de l'habitacle

Cette rupture très nette avec la génération précédente se vérifie également à l'intérieur. Ce qui frappe en premier lieu, c'est l'amélioration de la finition par rapport à la 300M. Oh, ce n'est pas encore parfait: certains affreux plastiques durs subsistent et le simili-bois dans la partie supérieure du volant fait vraiment toc. Mais la présentation n'a jamais été aussi agréable à l'oeil et l'assemblage, aussi rigoureux. Le style néo-rétro de la planche de bord s'harmonise beaucoup mieux avec la carrosserie du modèle actuel qu'avec celle de sa devancière.

On retrouve par ailleurs certaines commandes d'origine Mercedes, ce qui n'est pas nécessairement une bonne nouvelle. Le levier du régulateur de vitesse peut facilement être confondu avec celui des clignotants, placé juste en dessous. Une incongruité qui afflige les Mercedes depuis des lunes. Et il y a cette chaîne stéréo inutilement complexe. Le manque de soutien latéral des baquets à l'avant m'a aussi agacé. Ils sont confortables, certes, mais un meilleur maintien serait le bienvenu.

Vu les dimensions du véhicule, on ne s'étonnera guère de son habitabilité, avec ses places arrière de limousine et son coffre immense. La visibilité constitue par ailleurs une agréable surprise: avec le toit surbaissé, on s'attendait à pire. Les gros miroirs extérieurs sont néanmoins appréciés. Autre point fort, et non le moindre: un équipement de série bien garni, tant dans la version de base que dans la 300C.

Le Hemi ressuscite !

Autre revirement, mécanique cette fois: c'est le grand retour du V8! Et pas n'importe lequel: le Hemi, baptisé ainsi à cause de ses culasses hémisphériques. Une désignation qui évoque la grande époque des muscle cars; Chrysler, avec ses marques Dodge et Plymouth, en comptait quelques-uns: Charger, Barracuda, Road Runner, autant de modèles qui eurent recours aux services du légendaire V8 Hemi.

Cela dit, le V6 figure toujours au menu: trois des quatre versions de la 300 reprennent celui du modèle précédent. Avec ses 250 chevaux, il ne souffre d'aucun complexe par rapport à la concurrence — même qu'il la surclasse dans la plupart des cas! Mais le principal attrait de cette berline, outre son allure provocante à souhait, c'est son V8 Hemi.

Malgré son architecture archaïque — culbuteurs, arbre à cames central, 2 soupapes par cylindre —, ce moteur intègre une technologie tout ce qu'il y a de plus moderne avec son système de désactivation des cylindres qui lui permet de passer de 8 à 4 cylindres selon le besoin réel de puissance. L'opération, qui a pour but de réduire la consommation d'essence, se fait à la vitesse de l'éclair (40 millisecondes!) et dans la plus grande douceur, au point où l'on ne s'en rend même pas compte: aucune secousse ni perte de puissance, aucun changement de sonorité. Impressionnant, il faut bien le dire. En fait, c'est le rendement global de ce moteur qui impressionne: il est aussi souple qu'il est fort. Puissance et couple à tous les régimes, reprises instantanées, c'est le bonheur!

Pour ceux qui en veulent encore plus, Chrysler s'apprête à lancer la 300 SRT-8. La puissance du V8 passera de 340 à 425 chevaux (!), mais ce moteur gonflé aux stéroïdes ne pourra être jumelé au système de désactivation des cylindres. Un conseil: allez voir votre gérant de banque avant chaque plein d'essence...

V6 ou V8, la puissance est transmise soit aux roues arrière, soit aux 4 roues. En effet, le rouage intégral est aussi offert. Une gracieuseté de Mercedes, qui prête également le châssis, les trains roulants et la boîte automatique à 5 rapports à la 300C. Les autres versions de la 300 reçoivent pour leur part une boîte automatique à 4 rapports.

Le confort d'abord

Au chapitre du comportement, la 300 suscite des réactions opposées. Elle charme autant qu'elle déçoit; tout est affaire de point de vue... et de priorité. Si la vôtre est le confort, cette berline vous comblera par sa douceur généralisée, qu'il s'agisse du roulement, du moteur, de la boîte automatique ou de la direction. Mais si votre tasse de thé, c'est la conduite sportive, vaut mieux regarder ailleurs. Dans des conditions normales, la 300 ne manque pas d'aplomb, mais si on se décide de s'éclater sur un parcours sinueux, on est rapidement refroidi par l'effet de pompage de la suspension et le déphasage de la direction, lente à réagir.

En revanche, la 300C à moteur Hemi offre une puissance et des performances sans égales dans cette fourchette de prix. Ce n'est pas rien.

Conclusion

Ne laisser personne indifférent: tel est le karma de la Chrysler 300. Provocante à souhait, elle est la preuve que l'audace a encore droit de cité à Detroit. À ceux qui lui reprochent d'avoir été conçue à partir de restes de Mercedes, je répondrai seulement que les restes d'un grand restaurant, c'est toujours mieux que du fast-food... Chapeau à Chrysler qui, en retrouvant son lustre d'antan, redonne du même coup aux berlines américaines leurs lettres de noblesse. Non, ce n'est pas rien!

FICHE TECHNIQUE CHRYSLER 300C

- Moteur: V8 5,7 L 16 soupapes

- Puissance: 340 ch

- 0 à 100 km/h: 6,4 s

- Vitesse maximale: 200 km/h (limitée électroniquement)

- Échelle de prix: 29 995 $ à 45 250 $