Air Canada ne voit pas de place pour Jetsgo

Le p.-d.g. de Gestion ACE Aviation, Robert Milton, prononçait hier un discours devant le Cercle canadien de Montréal. «La raison pour laquelle ils [Jetsgo] ont échoué, c’est que la demande du marché n’était pas au rendez-vous. Et encore aujour
Photo: Pascal Ratthé Le p.-d.g. de Gestion ACE Aviation, Robert Milton, prononçait hier un discours devant le Cercle canadien de Montréal. «La raison pour laquelle ils [Jetsgo] ont échoué, c’est que la demande du marché n’était pas au rendez-vous. Et encore aujour

Il serait extrêmement difficile pour Jetsgo de reprendre ses activités, a estimé hier le p.-d.g. de Gestion ACE Aviation, Robert Milton, selon lequel la majeure partie des 5 % que représentait le transporteur à escompte sur le marché intérieur est vouée à disparaître. En ce qui concerne les destinations transfrontalières de son concurrent, comme Los Angeles et la Floride, il s'attend toutefois à récolter la part du lion de la clientèle.

«Dans le climat actuel, ça sera très difficile [pour Jetsgo de revivre] en raison du prix du carburant et de la façon assez dramatique par laquelle ils ont cessé leurs activités [le 11 mars]», a dit M. Milton en marge d'un discours devant le Cercle canadien de Montréal. Le point de presse marquait la première fois qu'il se prononçait sur l'hypothèse d'une relance de Jetsgo. «La raison pour laquelle ils ont échoué, c'est que la demande du marché n'était pas au rendez-vous. Et, encore aujourd'hui, elle n'existe pas.»

«Une grande partie de ça disparaîtra. Une autre partie retournera aux autobus et à la voiture, alors que les compagnies aériennes ramasseront ce qu'il reste», a ajouté M. Milton au sujet de la capacité que représentait l'entreprise de Michel Leblanc sur le marché intérieur. En ce qui concerne les 7 % qu'occupait Jetsgo dans le transfrontalier, cependant, Air Canada se voit comme le principal repreneur puisque «nous étions généralement leur principal concurrent sur ces lignes».

Outre ces considérations de marché, Gestion ACE Aviation planche ces jours-ci dans la foulée de sa grande réorganisation. Par exemple, le projet de vente du programme de fidélisation Aéroplan, du moins une partie, progresse rapidement, a affirmé M. Milton. «Nous sommes en mode accéléré et adhérons à cet argument voulant qu'Aéroplan soit au moins partiellement monétisée. Nous croyons qu'il y a là une certaine valeur et un certain intérêt», a-t-il dit en précisant qu'un dénouement serait souhaitable «aussi tôt que nous le pouvons».

La valeur totale d'Aéroplan n'étant pas publiquement connue, les analystes se perdent en conjectures. Alors que certains ont fait circuler des sommes allant de 900 millions à 1,6 milliard, M. Milton a affirmé hier dans son discours que certains l'estimaient même à plus de deux milliards. Reste aussi à savoir quelle forme prendre cette vente. Dans une entrevue donnée au Wall Street Journal la semaine dernière, M. Milton aurait cependant indiqué qu'il pourrait s'agir d'un appel public à l'épargne ou de la création d'une fiducie de revenu.

Le discours d'hier revenait également sur les propos tenus au Wall Street Journal au sujet de l'acquisition éventuelle de gros appareils, Air Canada étant, selon M. Milton, «dans la dernière étape avant la prise d'une décision concernant notre commande de gros porteurs destinée à répondre à nos besoins de renouvellement du parc et de croissance». Aux yeux du quotidien, cette commande visant à remplacer 45 appareils 767 pourrait atteindre six milliards $US.

Frais aéroportuaires

Une bonne partie du discours était consacrée aux frais aéroportuaires. Le p.-d.g. de Gestion ACE Aviation a déploré, une fois de plus, l'essor qu'ont pris les coûts liés à l'utilisation des aéroports canadiens qui sont, dit-il, parmi les plus élevés au monde. «Cette catégorie de frais représente le seul poste d'Air Canada, mis à part le carburant, qui continue à grimper sans cesse. [...] Chaque année, depuis cinq ans, ces frais ont augmenté de plus de 100 millions, et cela, année après année.» Il en impute la responsabilité au gouvernement fédéral, mais estime néanmoins que le ministre des Transports, Jean Lapierre, tente réellement de répondre aux doléances des sociétés aériennes.

Or ces coûts, a-t-il affirmé, ne représentent qu'une partie de la problématique. «Le gouvernement doit aussi porter attention aux dommages qu'entraîne l'inefficacité des procédures en matière d'immigration, de douane et de sûreté, laquelle nuit à nos possibilités de faire de Montréal, Toronto et Vancouver des plaques tournantes vraiment attrayantes et concurrentielles pour la correspondance de passagers internationaux.»

À la Bourse de Toronto, l'action de Gestion ACE Aviation a terminé la séance hier à 35,25 $, en baisse de 2 % par rapport à vendredi.