Réunion du G7, du FMI et de la Banque mondiale - Le plan d'action contre la pauvreté risque d'attendre

Washington — Un coup d'épée dans l'eau sur le développement, des tracas pour la croissance: la réunion de printemps du G7, du FMI et de la Banque mondiale a exposé les divisions des pays riches sur la lutte contre la pauvreté et les lignes de fracture de l'économie mondiale.

Les sept pays les plus industrialisés réunis ce week-end à Washington ont déçu les fortes attentes qu'ils avaient suscitées sur une réduction de la dette des pays africains et sur la recherche de nouveaux moyens pour accroître le volume d'aide disponible.

Les positions divergent toujours beaucoup, si bien qu'un accord lors du sommet des chefs d'État et de gouvernement du G8 à Gleneagles (Écosse), du 6 au 8 juillet, demeure hypothétique. L'objectif demeure d'y échafauder un véritable plan d'action contre la pauvreté.

«Il est vrai que lors de la réunion [de Washington], il n'y a pas eu de grandes améliorations sur ces questions», a résumé le commissaire européen aux Finances, Joaquin Almunia. Les ONG, présentes en marge des réunions s'exaspèrent de cette lenteur: «Deux millions d'enfants sont morts [depuis la précédente réunion du G7 en février] alors que les discussions continuent», a dénoncé Jubilee Debt Campaign, une ONG britannique.

Quelque 200 personnes ont manifesté samedi pour exiger l'annulation immédiate de la dette, dans un climat apaisé par rapport à il y a cinq ans, lorsque 20 000 manifestants avaient sérieusement perturbé les réunions.

Le week-end a été l'occasion pour le futur président de la Banque mondiale, le très controversé Paul Wolfowitz, de nouer de premiers contacts avec ses nouveaux interlocuteurs. À en croire la délégation française, il a fait plutôt bonne impression.

Le tenant du poste, James Wolfensohn, devrait quitter son poste fin mai: il laisse après 10 ans un bilan «mitigé» selon les ONG, «extraordinaire» selon le G7. Il poursuivra sa carrière en tant que représentant spécial du Quartette (USA, Onu, UE, Russie) pour aider au retrait israélien de Gaza.

Côté économie mondiale, le G7 s'est voulu plutôt rassurant, garantissant dans son communiqué une croissance mondiale «robuste» en 2005, malgré la flambée du pétrole. Le Fonds monétaire international table, dans son rapport de printemps sur une croissance de 4,3 % cette année après 5,1 % en 2004.

Mais Rodrigo Rato, le directeur général du FMI, n'a pas hésité à gâcher un peu l'atmosphère en soulignant «le risque d'une correction abrupte des marchés» si les déséquilibres de l'économie mondiale ne sont pas résorbés. Le G7 a promis de s'y atteler au moyen d'une «action vigoureuse».

La baisse marquée la semaine dernière des grandes places financières, qui traduit la crainte encore diffuse des investisseurs, n'est sans doute pas étrangère à ce nouveau sentiment d'urgence à agir.

Parmi ces «déséquilibres», sont particulièrement visés les déficits jumeaux américains (budgétaire et commercial), et leur contrepartie, l'accumulation de réserves de devises dans les pays asiatiques. De tels dérèglements, une «anomalie» selon un haut responsable européen, font redouter un scénario noir et une crise de confiance qui mettrait au tapis la croissance mondiale. Les cours du pétrole, toujours perchés à plus de 50 $ le baril, ont été le sujet principal des discussions du G7, ont indiqué des participants.

Mais les pays consommateurs, riches ou pauvres, apparaissent démunis dans l'immédiat devant le bon vouloir des producteurs et aux faiblesses structurelles du secteur. Les troubles sociaux se sont multipliés cette semaine en Amérique centrale et l'inquiétude monte en Europe et en Amérique.

La Chine, invitée remarquée lors des deux dernières réunions du G7, a cette fois brillé par son absence.

Ses dirigeants, officiellement retenus par des «problèmes d'agenda» ont été une nouvelle fois invités à assouplir leur système de taux de changes, jugé inéquitable par les Occidentaux.

Le G7 regroupe les États-Unis, le Japon, l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l'Italie et le Canada. La Russie participe à certaines discussions.