Marchés boursiers - Doutes sur la santé de l'économie

La Bourse américaine a chuté lourdement ces trois derniers jours, effaçant tous ses gains de l'année et retombant à son niveau de l'automne, alors que les investisseurs craignent de voir l'économie américaine s'essouffler.

Le Dow Jones a cédé 4 % en trois jours pour finir hier à 10 087,513 points et l'indice Standard and Poor's 500, 3,8 % à 1142,62 points, tous deux à leur plancher depuis début novembre. L'indice composé de la Bourse électronique Nasdaq a reculé de 4,8 % pour s'afficher hier soir à 1.908,15 points, à son plus bas depuis fin octobre.

Jusqu'à présent en 2005, le Dow Jones a abandonné 6,4 % le SP 500 5,7 % tandis que le Nasdaq a particulièrement souffert, fondant de 12,3 %.

La Bourse de Toronto était également sous forte pression, la correction à la baisse continuant dans le secteur de l'énergie. Le cours du pétrole est descendu vers le cap des 50 $US, qu'il n'a pas touché depuis le 22 février. De son côté, le dollar canadien tombait encore vers la barre des 80 cents US. À sa huitième baisse en autant de séances, le huard laissait 31 centièmes pour clore à 80,21 cents US. La devise canadienne a ainsi perdu 2,5 ¢US depuis le début avril.

À Bay Street, l'indice S&P/TSX a dégringolé de 132,49 points à 9277,12 hier. . L'indice principal aura ainsi diminué de 346,60 points sur la semaine.

À Wall Street, le déclin des indices, qui s'étaient bien comportés en février et mars, est surtout notable depuis début avril. Jay Suskind, directeur du courtage chez Ryan Beck, juge que les actions ont pâti d'une série de nouvelles économiques médiocres et des résultats décevants chez IBM.

Depuis plusieurs séances, les investisseurs ont reçu de mauvais signaux sur la santé de l'économie américaine, comme des ventes de détail bien en-deçà des attentes pour mars, un plongeon de la confiance des consommateurs à son plus bas niveau en un an et demi, et une chute de l'indice mesurant l'activité industrielle de la région de New York à son plus bas niveau en deux ans.

En outre, de grands noms de la technologie ont déçu le marché avec leurs résultats du premier trimestre, à l'instar du numéro un mondial de l'informatique IBM, un des grands baromètres de la santé de la haute technologie avec Intel qui publiera mardi.

Peter Cardillo remarque aussi que le marché était jusque-là hanté par les craintes d'un regain d'inflation, et que celles-ci sont maintenant remplacées par la peur de mauvais résultats d'entreprises.

Même des facteurs qui auraient été jugés positifs il y a peu, comme la baisse des cours pétroliers et des taux d'intérêt à long terme, sont interprétés comme «le signe que l'économie pique du nez», affirme Al Goldman, stratège boursier de AG Edwards. La chute de 8 $US environ des cours pétroliers en deux semaines est perçue comme le symptôme d'un ralentissement de la demande et donc de l'activité économique dans le monde. Les investisseurs sont également très nerveux face au relèvement des taux d'intérêt par la Réserve fédérale américaine, estimant qu'un relèvement des taux à 4 % ou au-delà freinerait la croissance.

Certains estiment aussi que si la Fed ne relève pas autant ses taux, cela pourrait signifier qu'elle juge que l'économie américaine est encore convalescente et a toujours besoin d'une politique accommodante. M. Goldman juge que la frilosité du marché n'est pas justifiée, mais il estime qu'après plus de deux années de hausse, le marché n'est plus capable de bondir comme il l'a fait en 2003 et qu'il «a besoin de faire plus de pauses». Si M. Cardillo ne pense pas que la tendance haussière du marché est finie, il parie que la Bourse affichera au mieux des gains modestes cette année, après de nombreuses phases de sur-place.