Le G7 impuissant face à la flambée du pétrole

Washington — Les grands argentiers du G7 avanceront en rangs dispersés ce week-end à Washington, que ce soit sur les moyens de combattre la flambée du brut, les dangers menaçant la croissance mondiale ou les moyens de réduire la dette des pays les plus pauvres.

La réunion des ministres des Finances du G7, qui s'ouvrira officiellement aujourd'hui au lendemain d'un dîner de travail, se placera sous le signe de l'ascension vertigineuse des cours du pétrole.

Même si le cours du baril est retombé ces derniers jours, il s'est dangereusement approché de la barre des 60 $US en avril.

Le niveau actuel des prix de l'énergie «créera, s'il dure, des vents contraires pour l'économie mondiale», a estimé hier le secrétaire américain au Trésor John Snow, rendu particulièrement inquiet par les signes de ralentissement donnés ces derniers jours par la croissance américaine.

Selon le directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Rodrigo Rato, il en coûtera entre un quart et un demi-point de pourcentage à la croissance mondiale cette année.

Face à cette flambée des coûts énergétiques, le G7 paraît bien impuissant. Là où les Européens veulent un vrai plan d'économies d'énergie, les Américains préfèrent parler d'augmentation de l'offre. «Des intérêts nationaux s'opposent à ce qui nous semble être l'intérêt général. Je doute qu'il y ait un accord aussi ambitieux que nous le souhaiterions», a ainsi reconnu un haut responsable européen.

Sur les autres sujets aussi, les sept pays les plus industrialisés (États-Unis, Canada, Japon, France, Allemagne, Royaume-Uni et Italie) risquent de faire étalage de leurs divisions.

La dette des pays pauvres et l'aide au monde en développement, priorité affichée du G7 cette année, voient ainsi s'affronter des points de vue divergents. Lors de sa précédente réunion en février, le G7 avait ouvert pour la première fois la porte à une annulation à 100 % de la dette des pays pauvres d'Afrique.

L'idée a été lancée de vendre une partie de l'or du FMI pour financer l'annulation de la dette mais les États-Unis, premiers actionnaires du Fonds, ont répété ces derniers temps leur opposition. Les ONG d'aide au développement entendent maintenir la pression sur les pays riches.

Autre sujet délicat — et récurrent — au menu du G7, la croissance mondiale. Le FMI prévoit un ralentissement de la croissance à 4,3 % cette année, contre 5,1 % en 2004. Pourtant, «les perspectives continuent d'être bonnes» au niveau mondial, a assuré le sous-secrétaire américain au Trésor John Taylor, tout en déplorant le différentiel de croissance entre les États-Unis et certains de leurs partenaires, comme l'Allemagne ou le Japon. Une vision très différente prévaut chez les autre membres du G7. «Le déficit américain [de la balance des paiements] est extrêmement important et il se creuse. C'est la principale menace sur la stabilité de l'économie mondiale», selon le responsable européen. La faiblesse du dollar mécontente également: un responsable japonais a fait savoir, fin mars, que les ministres japonais et français des Finances exprimeraient leur inquiétude sur ce sujet au G7.

Enfin, le G7-Finances se penchera sur la question des taux de change chinois, avec une approche volontariste du côté américain. «Ils peuvent commencer à avoir un taux de change flexible maintenant», a assuré M. Taylor.