De moins en moins de lait dans les produits laitiers

Québec — La crème glacée qui vous paraît si appétissante n'est peut-être qu'un vulgaire dérivé fabriqué à partir d'huile de beurre. Et le fromage que vous venez d'acheter ne contient-il vraiment que du lait ou a-t-il été fabriqué avec des isolats?

Les produits laitiers vendus au Canada contiennent de moins en moins de lait, déplorent les producteurs québécois de lait.

C'est pourquoi la Fédération des producteurs de lait du Québec demande au ministre fédéral de l'Agriculture, Andrew Mitchell, d'intervenir immédiatement pour contrer ce phénomène. Ils ont obtenu hier l'appui du ministre québécois Yvon Vallières.

«Dans les produits laitiers canadiens, le lait est de plus en plus remplacé par des substituts qui proviennent de l'étranger. Par exemple, les huiles de beurre sucrées entrent au pays pour la fabrication de crème glacée, de sorte que 47 % de la crème glacée est faite d'huile de beurre», a expliqué le président de la Fédération, Marcel Groleau.

Ces producteurs étrangers d'huile de beurre sont subventionnés par leur gouvernement et leurs produits arrivent ici à des prix que les producteurs québécois de lait ne sont pas capables de concurrencer. Ici, en effet, les producteurs laitiers ne sont pas subventionnés.

Les huiles de beurre, auxquelles on a ajouté du sucre, proviennent principalement du Royaume-Uni et de la Nouvelle-Zélande, tandis que les isolats protéiques viennent de la Communauté européenne et de la Nouvelle-Zélande.

«On demande au gouvernement canadien d'imposer de nouveaux tarifs sur des produits non tarifés jusqu'ici pour en contrôler les importations», a réclamé M. Groleau.

Il rappelle que les dispositions de l'Accord mondial sur le commerce le permettent. D'autres pays l'ont fait, comme les États-Unis à l'égard du blé importé et l'Europe dans le secteur des céréales.

«On comprend fort mal pourquoi le gouvernement canadien refuse d'utiliser ces moyens-là pour aider les producteurs canadiens et québécois de lait», a soutenu M. Groleau.

L'utilisation accrue de succédanés laitiers provenant de l'étranger fait perdre de plus en plus d'argent aux producteurs d'ici. Cette année, c'est 70 millions de dollars que perdent les producteurs québécois. Pour l'ensemble des producteurs canadiens, les pertes s'élèvent à 175 millions.

Quant au ministre québécois de l'Agriculture, Yvon Vallières, il a dit appuyer les objectifs des producteurs québécois de lait.

«Il appartient au gouvernement fédéral d'agir dans ce secteur», a dit le ministre Vallières. Ce dernier entend écrire prochainement à son vis-à-vis fédéral pour étayer sa demande.

Deux producteurs laitiers canadiens sur cinq, soit 40 %, sont des Québécois.